Mission al-Khardj
La mission archéologique franco-saoudienne dans l’oasis d’al-Kharj, ancienne Yamâma a été créée en 2011 à l’invitation de la Commission saoudienne du tourisme et des antiquités. Dirigée par A. al-Ghazzi (université du roi Saoud, Riyadh) et Jérémie Schiettecatte (CNRS, Paris), ses activités s’inscrivent dans le programme « Oasis d’Arabie déserte » du ministère des Affaires étrangères. Son but est d’étudier la nature et l’évolution du peuplement en Arabie centrale, région historiquement connue sous le nom d’al-Yamâma.

La ville moderne d’al-Kharj se trouve à 80 km au sud de Riyadh. Ses environs constituent un îlot de verdure cerné par la steppe et le désert. Elle doit sa fertilité à la convergence d’oueds, à des sources d’eau douce qui jaillissaient jusqu’à une date récente dans ses environs et à quelques avens autrefois remplis d’eau, avant qu’un pompage mécanique ne provoque l’abaissement de la nappe phréatique.

L’oasis d’al-Kharj et, plus largement, la région d’al-Yamāma, ont historiquement constitué une étape incontournable et un carrefour sur les voies de circulation reliant le Nord et le Sud de la péninsule Arabique, le golfe Persique à l’est et la mer Rouge à l’ouest.
De nombreux sites archéologiques témoignent de l’attractivité de cette région depuis le paléolithique jusqu’à l’époque moderne.

Par une étude archéologique, historique et environnementale, les travaux de la mission ont eu pour finalité d’apporter un éclairage :
 
  • sur les circulations en péninsule Arabique.
  • sur les influences et les innovations de cette région centrale.
  • sur l’influence du milieu sur la nature et l’évolution du peuplement régional.
  • sur la place qu’occupait le centre de la Péninsule au moment de la formation et de la diffusion de l’islam. Pour ce faire, plusieurs opérations ont été entreprises depuis 2011 :
  • Réalisation d’une carte géomorphologique de la région.
  • Prospection des sites préhistoriques et étude d’un site majeur de débitage daté du Paléolithique moyen, AK-22.
  • Prospection des sites protohistoriques et historiques de l’oasis d’al-Kharj.
  • Étude archéologique du site d’al-Bannâ’/al-Yamâma, occupé du 3e s. av. au 18e s. ap. J.-C. : relevé topographique, prospection géomagnétique, ramassages céramiques de surface, sondages archéologiques, fouille extensive de la grande mosquée, étude archéozoologique.

Les principaux résultats obtenus à ce jour sont :

- La constitution d’une base de données comportant 50 sites archéologiques et l’établissement d’une carte archéologique de l’oasis ;

- L’achèvement d’une carte géomorphologique régionale qui offre des clés de lecture des stratégies d’implantation régionales.

- L’étude d’un site paléolithique moyen (AK-22) présentant un type de débitage Levallois dit Nubien qui a permis de progresser dans la réflexion menée sur la question de la dispersion de l’Homme moderne depuis le berceau africain vers l’Asie.

- La mise en avant, sur le site d’al-Yamâma, d’une occupation quasi continue de la fin de la période préislamique à la période abbasside, fait rare en péninsule Arabique, la plupart des sites étant abandonnés à la veille de l’islam. Le site apparaît comme propice à la définition des assemblages matériels des 4e-7e siècles en Arabie centrale.

- La découverte de la Grande Mosquée d’al-Yamâma : il s’agit de la plus grande mosquée d’époque abbasside actuellement mise au jour en Arabie saoudite ; son état de conservation permet d’envisager une restauration et une valorisation touristique du bâtiment.


Lambeau de terrasse alluviale pléistocène
 
 
Axe environnemental : Cerner le cadre dans lequel émergent les oasis par l’étude du contexte environnemental
 
Cet axe sera abordé dans l’oasis d’al‐Kharj, où un premier travail de cartographie géomorphologique a révélé la présence d’importantes terrasses alluviales associées à des vestiges archéologiques. Celles‐ci constituent des marqueurs paléo‐environnementaux et paléo‐climatiques de premier ordre. Certaines présentent une alternance de sables éoliens et de lits de galets, successions typiques des alternances de phases arides et humides. Parallèlement, deux paléolacs ont été identifiés dans l’oasis ; ces milieux de sédimentation « calmes » constituent des archives sédimentaires tout aussi exceptionnelles. Terrasses alluviales et paléolacs autorisent de nouveaux développements dans la reconstitution des environnements passés à travers une approche croisant méthodes de terrain et de laboratoire.
 
> Reconstitution des dynamiques hydrologiques holocènes
 
Une cartographie géomorphologique de la région d’al‐Kharj à l’échelle du bassin versant a été réalisée à travers l’étude d’images satellitaires (Landsat, Corona), de cartes géologiques, de modèles numériques d’élévation ASTER et de la télédétection (E. Fouache, A. Chabrol & G. Fortin, univ. Paris‐Sorbonne). Cette carte, qui constitue la structure d’un SIG, offre des éléments d’analyse auxquels doit désormais s’ajouter un échantillonnage des coupes alluviales effectué par prospections pédestres ciblées. La datation des différents événements hydrologiques sera faite par échantillonnage OSL dans les sables alluviaux et éoliens. En l’absence de matière organique, cette méthode s’est imposée dans les études géomorphologiques en milieu désertique afin de dater avec précision les phases d’activité hydrologique du Quaternaire récent.
Les fractions fines (sables, limons et argiles) seront ensuite analysées en laboratoire (UMR 8591 ‐
Laboratoire de Géographie Physique, Meudon) par granulomètre laser afin de déduire l’importance des dynamiques de transport sédimentaire. L’étude micro‐morphologique des coupes sera effectuée pour les épaisses unités limono‐sableuses qui renseignent sur des rythmes hydrologiques saisonniers.
 
> Définition d’un cadre paléo‐climatique régional et des marqueurs d’anthropisation du paysage par l’étude des paléolacs
 
Dans les deux paléolacs d’al‐Kharj, des forages seront entrepris au moyen d’un carottier SPT à percussion. L’étude du pollen préservé dans les niveaux lacustres permettra de reconstituer les dynamiques paysagères et climatiques de l’Holocène dans l’oasis. En cas de mauvaise préservation du pollen, l’étude des phytolithes est envisagée. Ces sédiments lacustres permettront d’identifier les marqueurs d’anthropisation du paysage. Les analyses granulométriques et géochimiques permettront de préciser ces milieux de sédimentation, en lien avec les écoulements au fil du temps. Ainsi, en plus de nous apporter un cadre paléo‐climatique régional précis, l’étude permettra de cerner et de modéliser l’évolution des nappes de sous‐écoulement, dont l’exploitation a conditionné l’émergence des oasis. L’étude des paléo‐cours d’eau et des paléolacs permettra de mieux comprendre les dynamiques hydrologiques et climatiques, puis de les confronter aux données archéologiques de terrain collectées au cours de deux campagnes de prospection déjà réalisées, afin d’observer les réponses apportées par l’homme aux changements du milieu naturel.
 

Sol d’occupation sur la berge d’un des paléo-lacs d’al-Khardj

ARCHIMAGE : les dernières images

IMAGE
Délos - Salle hypostyle, GD 50 - 1911

Stèle funéraire trouvée dans la pièce Hypostyle.
Archimage est destiné à la mise en ligne progressive des documents graphiques et photographiques, conservés au service des Archives de l'EfA.

LA CHRONIQUE DES FOUILLES

AKANTHOS. - Ateliers de céramique-5765
À Akanthos, B. Tsigarida, O. Nasioka et K. Natsikopoulos (XVIe éphorie des antiquités préhistoriques et classiques) ont mené de nouvelles fouilles de sauvetage sur les terrains 218, 219, 220, 186 et 187, et mis au jour des vestiges d’ateliers de production de céramique de l’époque hellénistique et des espaces de vente de cette production. La fouille des terrains 218-219 a livré un ensemble de tombes byzantines, des vestiges de bâtiments détruits, ainsi qu’un grand nombre (plus de 300) d’anses timbrées, dont la majorité appartiennent au groupe dit « à la roue », attribué par Y. Garlan aux ateliers d’Akanthos. La fouille du terrain 220 a livré un petit nombre d’anses timbrées. On a dégagé une partie d’un bâtiment qui se prolonge sur le terrain voisin qui avait été fouillé auparav
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