Malia - Le Bâtiment Dessenne

André Dessenne dégage en 1960 l’ensemble de la surface de la Cour Ouest du Palais de Malia en vue d’améliorer la présentation du site aux visiteurs. Il découvre alors au Sud de celle-ci une série de pièces dont certaines contiennent encore de nombreuses jarres de stockage (fig. 1 et 5). Ces pithoi sont disposés sur des plateformes basses en grès enduites de plâtre et longées par des rigoles d’évacuation qui aboutissent à des vases collecteurs enfoncés dans le sol, un système identifié ailleurs sur le site, comme au Quartier Mu, à la Crypte Hypostyle ou au Palais. Les nombreux vases mis au jour et la qualité des installations sur lesquelles ils sont posés suggèrent au fouilleur que l’édifice mis au jour était destiné au stockage de denrées liquides, et peut-être placé sous l’autorité du Palais directement voisin. Ces ‘Magasins Sud’ ou ‘Magasins Sud-Ouest’ sont généralement connus dans la littérature comme les ‘Magasins Dessenne’ et sont datés de la période protopalatiale (1900-1700 av. J.-C.). Malgré l’intérêt dont témoigne l’École française d’Athènes pour l’édifice, celui-ci est abandonné après le décès prématuré d’André Dessenne en 1972.
 
  Figure 1. Vues de la Cour Ouest et du Bâtiment Dessenne après leur dégagement par André Dessenne. Clichés André Dessenne ©EFA

Figure 1. Vues de la Cour Ouest et du Bâtiment Dessenne après leur dégagement par André Dessenne. Clichés André Dessenne ©EFA
 

 Fig. 2. Plan schématique de la séquence de construction du Bâtiment Dessenne, d’après le plan dressé en 2012 par M. Devolder et L. Fadin ©EFA

Figure 2. Plan schématique de la séquence de construction du Bâtiment Dessenne, d’après le plan dressé en 2012 par M. Devolder et L. Fadin ©EFA

 
En mai 2012, un nouveau projet d’étude et de publication de la ruine est entamé sous la direction de Maud Devolder (AEGIS/UCLouvain). Un plan détaillé de l’édifice est alors dressé, et une étude architecturale est menée afin de revoir le phasage architectural proposé par divers auteurs. Il apparaît désormais qu’un noyau composé de la partie Ouest des vestiges fut d’abord érigé, auquel furent ensuite ajoutées, en deux phases distinctes, les pièces de stockage (fig. 2). Ces pièces appartenant à des additions à l’édifice initial, l’appellation ‘magasins’ est délaissée au profit du terme plus neutre de ‘Bâtiment Dessenne’.

Figure 3. Murs alternant blocs de grès taillés et moellons bruts de calcaire local dans la partie centrale du Bâtiment Dessenne. Noter que certains des blocs de grès taillés insérés dans les murs font face à des bases de colonnes (à droite). Clichés M. Devolder ©EFA

Figure 3. Murs alternant blocs de grès taillés et moellons bruts de calcaire local dans la partie centrale du Bâtiment Dessenne. Noter que certains des blocs de grès taillés insérés dans les murs font face à des bases de colonnes (à droite). Clichés M. Devolder ©EFA
 
Ce phasage repose sur l’identification d’une technique de construction particulière, où des blocs de grès taillés sont placés à des endroits clefs de la structure, à savoir dans les encadrements de portes, dans les angles de murs et au sein des murs face à des supports intermédiaires (fig. 3). Ils témoignent du soin apporté par les constructeurs dans le positionnement des blocs, qui devaient soutenir une structure porteuse en bois. Cette technique a notamment permis d’ériger des balcons mais aussi de soutenir un étage au-dessus des pièces du rez-de-chaussée du premier édifice (fig. 4). Les pièces dévolues au stockage ajoutées au Nord-Est du Bâtiment Dessenne furent construites presqu’exclusivement en moellons bruts de calcaire local. Elles n’étaient selon toute vraisemblance composées que d’un seul niveau.


 Figure 4. Proposition de reconstitution de la façade Ouest du premier état du Bâtiment Dessenne. K. Anagnostakis et M. Devolder ©EFA

Figure 4. Proposition de reconstitution de la façade Ouest du premier état du Bâtiment Dessenne. K. Anagnostakis et M. Devolder ©EFA
 

Outre le volet architectural, le nouveau projet comportait également l’étude et la publication du matériel découvert par André Dessenne en 1960. Des objets en céramique et en pierre étaient conservés dans les réserves de l’École française à Malia et de nombreux vases de stockage avaient été laissés en place dans l’édifice, protégés par un remblai. Ce matériel provient essentiellement de la couche de destruction Minoen Moyen IIB du Bâtiment Dessenne. Celle-ci a livré des tasses, des coupelles, des gobelets, des cruches, des jarres, des couvercles, des lampes et des vases miniatures qui présentent comme les vases de stockage de nombreux parallèles avec le matériel découvert dans la couche de destruction du Quartier Mu (fig. 5). Ce matériel céramique illustre principalement le stockage de denrées et la consommation de liquides. On n’a pas découvert parmi les fragments de vases en pierre l’indication que les habitants du Bâtiment Dessenne étaient comme au Quartier Mu impliqués dans la production de tels objets. Les traits de cet assemblage suggèrent toutefois son caractère peu commun. En effet, bien qu’ils aient été sélectionnés et soient dans un état de conservation relativement mauvais, les vases en pierre issus du Bâtiment Dessenne témoignent d’une qualité digne de contextes palatiaux. Les sceaux et leurs empreintes identifiés parmi le matériel issu du Bâtiment Dessenne présentent des motifs figurés simples. Les sceaux sont produits dans des pierres semi-dures par des artisans locaux, dont certains ont semble-t-il travaillé dans l’atelier de sceaux du Quartier Mu (fig. 5). Un possible poids prismatique en hématite découvert dans la couche de destruction du Bâtiment Dessenne semble quant à lui illustrer l’implication des habitants de l’édifice dans un commerce avec des régions lointaines. Son poids réduit, 10,92 gr., suggère en effet qu’il a pu être utilisé pour le pesage de métaux précieux (quoique le pesage d’épices ne soit pas exclu). Ce poids pourrait donc refléter l’insertion du Bâtiment Dessenne dans les réseaux d’échange internationaux ayant permis l’acquisition de métaux peut-être destinés à l’orfèvrerie. L’assemblage certes réduit issu de la couche de destruction Minoen Moyen IIB du Bâtiment Dessenne, du fait du caractère ancien des fouilles d’une partie seulement de l’édifice d’une part et de la sélection sévère du matériel mis au jour d’autre part, suggère donc le statut particulier de ses habitants, qui devaient comme ceux du Quartier Mu être impliqués dans des réseaux d’échanges avec des régions parfois lointaines.

Figure 5. Sélection de matériel céramique issu des fouilles menées en 1960 au Bâtiment Dessenne : pithoi et petits vases en céramique, et empreinte de sceau sur une paroi de pithos. Clichés C. Papanikolopoulos et K. Papachrysanthou. Dessin M. Anastasiadou ©EFA

Figure 5. Sélection de matériel céramique issu des fouilles menées en 1960 au Bâtiment Dessenne : pithoi et petits vases en céramique, et empreinte de sceau sur une paroi de pithos. Clichés C. Papanikolopoulos et K. Papachrysanthou. Dessin M. Anastasiadou ©EFA
 

Parallèlement à l’étude du matériel issu des fouilles anciennes, des sondages furent menés en juillet 2014 sous les niveaux de sol de plusieurs pièces de l’édifice. Le matériel issu de ces sondages a démontré que le Bâtiment Dessenne fut érigé au début du Minoen Moyen II. La couche de préparation associée aux murs de l’édifice dans plusieurs pièces a en effet révélé la présence de matériel daté au plus tard du Minoen Moyen IIA. Les sondages ont également révélé que le Bâtiment Dessenne fut construit sur les restes d’un habitat daté du Minoen Ancien IIA au début du Minoen Ancien III. Dans la pièce centrale 2, certains des murs sont ainsi érigés directement sur les vestiges d’un sol en plâtre appartenant à une structure domestique prépalatiale (fig. 6). Le long du côté Est du Bâtiment Dessenne, un sondage a indiqué la présence d’une rue pavée empiétant du côté Ouest sur des vestiges Minoen Ancien IIA, et recouverte au Minoen Ancien III par un remblai de petites pierres maintenues en place par des murs de soutènement grossiers (fig. 6). Ce remblai semble lié au nivellement de la Cour Ouest du Palais de Malia, et présente de nombreux traits communs avec le matériel mis au jour dans des sondages dans la partie Nord de cette même cour. Il mettrait donc en évidence les travaux d’aménagement importants sur le site de Malia dès la fin du Prépalatial.

Figure 6. Le mur Ouest de la pièce 2 du Bâtiment Dessenne érigé sur un niveau de sol en plâtre prépalatial (gauche), et le pavement de la rue prépalatiale recouverte d’un remblai à l’Est du Bâtiment Dessenne (droite). Clichés M. Devolder ©EFA

Figure 6. Le mur Ouest de la pièce 2 du Bâtiment Dessenne érigé sur un niveau de sol en plâtre prépalatial (gauche), et le pavement de la rue prépalatiale recouverte d’un remblai à l’Est du Bâtiment Dessenne (droite). Clichés M. Devolder ©EFA

 
Les recherches au Bâtiment Dessenne ont bénéficié du soutien de l’École française d’Athènes, de l’Institute for the Study of Aegean Prehistory (INSTAP), du Fonds National de la Recherche Scientifique (F.R.S.-FNRS) et de la Fondation Alexander von Humboldt. L’équipe de recherche est composée de Maud Devolder, Ilaria Caloi, Athos Agapiou, Maria-Emanuela Alberti, Maria Anastasiadou, Mila Andonova, Gianluca Cantoro, Tristan Carter, Thérèse Claeys, Sylviane Déderix, Thibaut Gomrée, Valasia Isaakidou, Simon Jusseret, Alexandra Livarda, Marie-Philippine Montagné, Eleni Nodarou, Maria Roumpou, Apostolos Sarris, Baptiste Vergnaud et Rena Veropoulidou.
 

Publications et communications
  • Le Bâtiment Dessenne et les abords Sud-Ouest du palais dans l’établissement pré- et protopalatial de Malia, M. Devolder et I. Caloi, avec la collaboration de A. Agapiou, M.-E. Alberti, M. Anastasiadou, M. Andonova, G. Cantoro, T. Carter, T. Claeys, S. Déderix, T. Gomrée, V. Isaakidou, A. Livarda, M.-P. Montagné, E. Nodarou, A. Sarris et R. Veropoulidou, ouvrage soumis pour publication dans les Études crétoises de l’École française d’Athènes.
  • M Devolder, I. Caloi et Th. Gomrée, à paraître. « Le Bâtiment Dessenne à Malia. Étude et nouveaux sondages », Bulletin de Correspondance Hellénique 139-140.2.
  • M. Devolder, I. Caloi et Th. Claeys, 2014. « Études complémentaires aux ‘Magasins Dessenne’ à Malia », Bulletin de Correspondance Hellénique 138.2, p. 775-781.
  • M. Devolder, S. Déderix et L. Fadin, 2012-2013. « Recherches aux ‘Magasins Dessenne’ à Malia », Bulletin de Correspondance Hellénique 136-137.2, p. 869-873.
  • M. Devolder, « Νέα έρευνα στα Magasins Dessenne στα Μάλια », Proceedings of the Γ΄ Παγκρήτια Επιστημονική ΣυνάντησηΑρχαιολογικό 'Εργο στην Κρήτη, Réthymnon, 5-8 décembre 2013, p. 489-494.
  • A. Sarris, N. Papadopoulos, G. Cantoro, A. Agapiou, S. Déderix, Chr. Tsigonaki et M. Devolder, « New Technologies for Capturing the Dynamics of Cultural Landscapes », Proceedings of the Γ΄ Παγκρήτια Επιστημονική ΣυνάντησηΑρχαιολογικό 'Εργο στην Κρήτη, Réthymnon, 5-8 décembre 2013, p. 73-83.
  • M. Devolder et I. Caloi, « The Dessenne Building in the Protopalatial Settlement at Malia (Crete) », Annual Meeting of the Archaeological Institute of America, San Francisco, 6-9 janvier 2016.
  • M. Devolder, « The Dessenne Building and the South-West Area of the Palace at Malia », 5th Day of Belgian Archaeological Research in the Greek World, MRAH/KMKG/Royal Museums of Art & History, Bruxelles, 4 mars 2015.
  • M. Devolder, « The ‘Magasins Dessenne’ at Malia (Crete) Reconsidered », Annual Meeting of the American Institute of Archaeology, Chicago, 2-5 janvier 2014.
     

© EFA / Maud Devolder

 

ARCHIMAGE : les dernières images

Archimage est destiné à la mise en ligne progressive des documents graphiques et photographiques, conservés au service des Archives de l'EfA.

LA CHRONIQUE DES FOUILLES

TANAGRA-5962
Dans la région de Tanagra antique, A. Charami (IXe éphorie des antiquités préhistoriques et classiques) a mené en 2007 une fouille et des travaux de restauration sur une tombe de type macédonienne, connue depuis 1895 et qui se trouve à l’intérieur de la zone de l’aéroport militaire. Les travaux ont révélé une tombe de type macédonien, à dromos en escalier à dix marches (long. 5 m ; larg. 0,70-1,10 m) et à chambre funéraire unique voûtée (fig. 1-2). Le monument est orienté Nord-Est/Sud-Ouest, avec l’entrée au Nord-Est. Il est construit en appareil régulier de blocs de poros ; le sol est en terre compacte et la chambre (11,45 m2) était fermée par une porte en marbre à double battants dont trois fragments avaient été transportés au Musée de Schimatari dès le XIXe s. À l’intérieur de la chamb
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