Présentation historique


Période prépalatiale (Minoen ancien II – Minoen moyen IA, 2700-1900 env. av. notre ère)

En l'état actuel des connaissances, l'occupation du site de Malia commence au Minoen ancien II (ca. 2700-2200).
Une agglomération s'étend alors à l'endroit où on construira plus tard le palais et la Crypte; plus précisément, une zone comprenant la majeure partie du palais, la cour ouest, la Crypte et l'agora est occupée.
Ces couches ne sont atteintes aujourd'hui que lors de sondages profonds.
Les soubassements d'une maison sont néanmoins visibles à l'ouest de la cour occidentale. On y reconnaît deux pièces mais l'ensemble est très mal conservé.
A l'intérieur du palais, le massif I1 conserve des murs arasés et une petite pièce voûtée, intégrés à la construction ultérieure, qui remontent à cette première occupation du site.

La dernière phase de la période prépalatiale (Minoen ancien III – Minoen moyen IA, ca. 2200-1900) est mal connue.
C'est de cette période que datent les maisons dont les murs sont visibles au sud du palais.
La construction du palais a lieu durant cette phase.
Cette datation est corroborée par le dépôt de fondation mis au jour sous le sol de la pièce IV 7 et qui comprenait une "théière" datable de cette phase.


Période des premiers palais ou période protopalatiale (Minoen moyen IB – II, 1900-1700 env. av. notre ère)

La construction du premier palais ouvre la période appelée protopalatiale (Minoen moyen IB – II, ca. 1900-1700). Un bon nombre des vestiges actuellement visibles date de ces phases, et cela reflète l'étendue et la richesse du site protopalatial. C'est une véritable ville qui s'étend autour du palais.

Le premier palais devait, dans son organisation générale, annoncer le bâtiment néopalatial. On peut voir dans le secteur nord-ouest une série de murs arasés lors de la construction du second palais et y reconnaître entre autres des magasins (salles allongées). Sous le quartier d'apparat du second palais (III et IV) ont été fouillées des salles stuquées de fonction probablement analogue. Deux épées en bronze, parmi les plus anciennes du monde égéen, se trouvaient sur le sol de l'une d'entre elles, dont la célèbre "épée à l'acrobate". Les sols les plus anciens de la cour centrale remontent aussi à l'époque protopalatiale, tout comme les premiers dallages de la cour ouest. Les magasins est appartiennent au premier palais et sont restés en usage dans le second. Le premier palais a donc une étendue, un plan et des fonctions en tout point comparables au second palais.

L'ensemble le mieux conservé est le quartier Mu, à environ 300 mètres à l'ouest du palais, fouillé à partir de 1965. L'excellente conservation des vestiges tient à la destruction violente, par incendie: les murs de brique se sont effondrés et ont formé une couche d'argile dure qui a scellé les ruines. Edifié au début du Minoen moyen II, donc après le palais, il est détruit à la fin de cette période. Il se compose de deux grands bâtiments, dénommés A et B, et de sept constructions plus petites dont cinq au moins sont des maisons d'artisans. Les deux bâtiments principaux constituent sans doute le meilleur exemple de l'architecture protopalatiale: du point de vue technique, on notera le revêtement de stuc, les dallages des espaces ouverts, les chaînages de bois dans les murs de brique. Les pièces à fonction différenciée annoncent les formes de la période suivante: cours à portiques dallés, colonnes et piliers, pièces à larges baies, puits de lumière, bain lustral souterrain, batteries de magasins. Les maisons-ateliers, plus petites et plus modestes, entourent les deux bâtiments principaux. Au nord, on trouve les ateliers d'un métallurgiste, d'un potier et d'un graveur de sceaux. Des moules pour fondre des outils en bronze, un tour de potier et des sceaux inachevés ou chutes de fabrication y ont été trouvés. Au sud, les deux bâtiments sont moins bien conservés mais on a identifié des traces de travail du métal, de la pierre (fabrication de vases de pierre), et de l'os. Ces artisans devaient dépendre des bâtiments A et B qui ont tous les caractères de riches résidences et de centres de gestion: ce sont les seuls bâtiments de la Crète protopalatiale qui ont livré des documents inscrits en dehors des palais.

D'autres constructions protopalatiales ont été fouillées en divers endroits du site. La Crypte hypostyle située au nord-ouest du palais comprend notamment deux salles à banquettes, entièrement en sous-sol, et plusieurs magasins. La place située au nord de cette Crypte, appelée agora, a été aménagée à l'époque des premiers palais. Elle mesure 40 m sur 30 m environ, et était bordée par des massifs de pierre qui ont pu soutenir des gradins. Au sud de la maison de fouille se trouve le sanctuaire aux cornes qui doit son nom aux cornes de consécration stuquées visibles près de l'entrée est. Le sanctuaire MM II fouillé lors de la construction de l'apothèque, puis remblayé, était lui aussi proche de la ville; ce n'est pas le cas de celui qui se trouvait au sommet de la colline de Saint Elie, où on voit aujourd'hui une petite chapelle. Ce dernier appartient à la catégorie des sanctuaires de sommet bien connus dans toute la Crète, notamment dans l'est de l'île.

Les nécropoles de Malia à l'époque protopalatiale sont également assez bien connues. L'ensemble monumental de Chrysolakkos – s'il s'agit bien d'un ensemble funéraire – était peut-être la tombe des occupants du palais. C'est de là que provient le célèbre pendentif aux abeilles, et peut-être le trésor dit d'Egine, aujourd'hui au British Museum. La zone des nécropoles s'étend à l'ouest de Chrysolakkos. Des failles et anfractuosités du rocher ont servi d'ossuaire en bord de mer: ce sont les "charniers", dont deux sont en usage au MM IB et II. Une petite nécropole à incinération se trouvait dans la dépression côtière dite des Pierres Meulières (Stas Aletrivopetres). Enfin, une nécropole à inhumation en jarres a été localisée sur l'îlot du Christ, à 2 km vers l'ouest: mais celle-ci pouvait dépendre d'un habitat séparé dans la plaine.

L'époque protopalatiale est donc certainement un moment capital dans l'histoire de Malia. C'est la première époque de ce qu'il est convenu d'appeler le système palatial. Un habitat hiérarchisé entoure le palais, tandis que la zone des nécropoles est nettement séparée des zones occupées par les vivants. Les productions artisanales sont le fait de travailleurs spécialisés dépendant du palais ou d'un autre centre de gestion. L'administration se sert de documents sur argile rédigés en écriture dite hiéroglyphique, première écriture crétoise (qui, malgré son nom, est sans rapport avec l'écriture égyptienne). Le territoire de Malia comprend certainement la plaine côtière, peut-être le Lassithi voire une portion de la côte sud. Si le site a livré peu d'objets importés, cela ne signifie pas qu'il soit à l'écart: le métal par exemple provenait de Chypre ou d'Anatolie.


Période des seconds palais ou période néopalatiale (Minoen moyen III – Minoen récent I, 1700-1450 env. av. notre ère)

Après la destruction et l’abandon de certaines zones d’occupation protopalatiales (Quartier Mu, Crypte hypostyle, quartier Gamma, « Maison de la plage » ou maison Thêta, sanctuaires « aux cornes » et MMII), il semble que la ville néopalatiale, moins étendue, présente aussi une trame urbaine plus lâche qu’à la période précédente. L’image d’une ville déclinante prédomine, malgré l’édification de nombreux bâtiments, dont un nouveau palais majestueux.

L’édifice palatial actuellement visible date de cette période, au cours de laquelle il a connu deux grandes phases de construction, au-dessus du premier palais. Il conserve une superficie et un plan centré sur la cour globalement analogues. La cour centrale du palais de Malia présente des aménagements particuliers que l’on associe au déroulement de cérémonies religieuses : au centre est creusée une fosse (peut-être sacrificielle), au Nord-Ouest une boule de calcaire à cupule unique est enfoncée dans le sol, et une pierre à cupules soigneusement polie est enchâssée dans le dallage au Sud de la cour. Deux entrées principales ont été repérées, au Sud et au Nord du bâtiment. Elles s’ouvrent à l’Ouest du palais sur une grande esplanade pavée, dans laquelle aboutissent plusieurs voies urbaines. Cette esplanade est bordée par l’aile occidentale du palais, la plus imposante. C’est ici la seule dotée d’une façade extérieure en pierre de taille présentant des redans. Cette aile comprenait le « quartier d’apparat », dont le centre est formé par un polythyron (ensemble architectural stéréotypé associant un puits de lumière, un porche, une salle à baies multiples et un portique), associé à un « bain lustral ». Certaines pièces revêtaient également une fonction administrative, comme en témoigne le dépôt d’archives composé de barres et de médaillons inscrits en écriture hiéroglyphique et en Linéaire A découvert sous un sol. Plusieurs escaliers conservés attestent de l’existence d’un étage au moins. On y restitue les pièces de résidence, et dans l’aile Nord, une salle de banquet au-dessus de la pièce hypostyle. L’aile Est du palais est formée de magasins remarquablement conservés, dont la construction remonte à la période protopalatiale. Outre les vestiges cités plus haut auxquels on associe une fonction cultuelle dans la cour centrale, un petit sanctuaire a été localisé dans l’aile Sud-Ouest. Enfin, à l’extérieur du palais se trouve le « bâtiment des silos » constitué de huit bassins circulaires offrant une capacité de stockage très importante.
Les grandes orientations du plan du palais de Malia se conforment à un « modèle » commun à tous les palais minoens, mais la plupart des matériaux de construction proviennent des environs immédiats. Les murs de façade sont généralement bâtis de blocs de grès dunaire (ammouda) taillés, dont les carrières sont visibles sur la côte maliote. Les murs internes se caractérisent par l’emploi, plus massif que dans les autres palais, de briques de terre crue et de moellons mêlés à un mortier de terre. L’ensemble de ces murs était revêtu d’enduits plus ou moins fins.

Lors des fouilles, aucun objet de grande valeur, comparable à ceux que l’on connaît pour la période précédente, n’a été associé à cette phase. En revanche, à proximité immédiate de l’angle Nord-Est du palais a été mis au jour un triton de pierre (chlorite) exceptionnel, orné de la représentation sculptée de deux génies à carapace portant une cruche, insérés dans un riche cadre décoratif. Le triton, dont la pointe est percée d’un orifice latéral, représente un exemple de rhyton en pierre (un vase à libation) dont la fabrication est attribuée au MR IA.

Hors du palais, des bâtiments isolés (près de la baie d’Haghia Varvara), ou plus souvent intégrés dans le tissu urbain sont construits ou réaménagés au début de la période néopalatiale. Les mieux conservés sont le grand bâtiment Epsilon au Sud de la ville, et à l’Ouest du palais les maisons du quartier Delta qui bordent une longue rue pavée provenant du palais. Certains bâtiments (Epsilon, Delta Alpha) imitent nettement l’architecture palatiale et lui empruntent certains types de pièces, comme le puits de lumière associé à un portique ou le « bain lustral ». Le palais, ainsi que certains quartiers, sont probablement détruits dès la fin du MR IA. La majeure partie de la ville est désertée à la fin du MR IB, comme de nombreux autres sites crétois.

Enfin, la zone littorale des nécropoles ayant été abandonnée à la fin de la période protopalatiale, les tombes du MM III-MR I de Malia demeurent inconnues.


Période postpalatiale (Minoen récent II – IIIB, 1450-1200 env. av. notre ère)

C'est vers 1450, au début du MR II, que l'on date en général l'arrivée des Mycéniens sur l'île. On a longtemps pensé qu'une invasion mycénienne avait causé une profonde rupture, mais on est plus attentif aujourd'hui aux développements internes; on parlera donc de Minoen récent III plutôt que d'époque mycénienne.

A Malia, le début de cette période (MR II – III A1, ca. 1450-1375) est très mal représenté. Le palais et certains quartiers d'habitation sont abandonnés. Le bâtiment oblique, dans la cour nord du palais, est probablement construit à cette époque, et des traces d'occupation ont été relevées en divers endroits (Epsilon, Lambda, Nu).

C'est surtout au MR III A2 – B (ca. 1375-1200) que l'occupation est à nouveau plus dense. On ne pense plus aujourd'hui que des "squatters" aient vécu dans les ruines des bâtiments néopalatiaux. Les fouilles du quartier Nu ont révélé un grand bâtiment construit au début de cette période. Il est organisé autour d'une cour et comprend une trentaine de pièces. Une pièce à foyer central (X, 22-23) annonce des formes architecturales ultérieures. Le matériel comprenait de grandes quantités de céramique fine et commune et divers objets en bronze, os ou pierre. Des sceaux et des scellés, ainsi que plusieurs vases inscrits en linéaire B ont été mis au jour. D'autres quartiers étaient occupés à cette époque (Epsilon, Lambda, Gamma). Les nécropoles sont toujours en bord de mer, mais plus à l'ouest qu'auparavant. Plusieurs tombes à chambre contenant des sarcophages (larnakes) ont été fouillées.


Après 1200: la fin de l'âge du bronze (Minoen récent III C, 1200-1050 env. av. notre ère) et les périodes historiques

Après 1200, la Crète connaît un repli général de l'habitat vers les hauteurs. Dans cette période troublée, ce sont des sites tels que l'Anavlochos (au-dessus de Vrachasi) ou Karphi (à l'entrée du Lassithi) qui accueillent vraisemblablement les habitants de Malia. Dans les périodes suivantes, aucune occupation dense et continue n'est visible sur le site: c'est ce qui a permis la préservation des vestiges minoens.

Autour du site, on notera la nécropole géométrique de l'îlot du Christ, qui devait dépendre d'un petit habitat situé dans les environs. Ce n'est qu'à l'époque impériale que l'occupation se fait plus dense, et elle dure jusqu'à la fin de l'Antiquité. Le marais situé à l'ouest du site abrite les ruines d'une basilique paléochrétienne, où un sarcophage attique à guirlandes d'époque impériale a été découvert.

© EfA / Maia Pomadère et Julien Zurbach

ARCHIMAGE : les dernières images

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LA CHRONIQUE DES FOUILLES

MIKROKAMBOS-5799
À l’Ouest de la commune de Mikrokampos, A. Tokmakidou et D. Délidimitriou (9e éphorie des antiquités byzantines) ont mené, en 2009, une fouille de sauvetage et ont mis au jour un complexe architectural d’époque protobyzantine, ainsi qu’une tombe maçonnée (fig. 1). On a dégagé, sur 20,70 m, le côté Ouest de l’édifice, sur lequel on a repéré deux entrées. Dans sa partie Sud on a identifié une structure rectangulaire, à laquelle on restitue une couverture voûtée de briques, vraisemblablement une tombe : construite en moellons bruts et mortier à la chaux et revêtue à l’intérieur d’enduit à la chaux, elle conservait partiellement un sol en briques (dont certaines étaient estampillées d’un chrisme et de la lettre Δ). On y a recueilli des os humains, de la céramique commune, des monnaies datées
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