Habitants de Venise et communautés de la lagune à la fin du Moyen Âge : de l’histoire sociale pragmatique à l’histoire sociale environnementale
Claire Judde de Larivière Université Toulouse Jean Jaurès
Invitée par Ludivine Voisin École française d’Athènes
Cette séance de « Regards croisés » permettra d’interroger les façons d’étudier et d’écrire l’histoire des habitants et des communautés des sociétés de la fin du Moyen Âge, à partir du terrain vénitien. Revenant sur un ouvrage récent (L’ordinaire des savoirs. Une histoire pragmatique de la société vénitienne (XVe-XVIe siècle), Paris, Éditions de l’EHESS, « En temps & lieux », 2023), Claire Judde de Larivière explicitera son projet d’une histoire pragmatique, fondée sur ce que les Vénitiens et les Vénitiennes savaient de la société qu’ils formaient, et comment ils déployaient des « savoirs ordinaires » sur les catégories sociales qui les organisaient. De là, elle présentera un projet de recherche en cours sur les déchets et la pollution dans la lagune à la fin du Moyen Âge, en montrant comment l’approche pragmatique permet d’entreprendre une démarche d’histoire sociale environnementale.
À propos de l’auteure :
Claire Judde de Larivière est professeure d’histoire du Moyen Âge à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Elle est spécialiste de l’histoire politique et sociale de Venise et de l’Italie à la fin du Moyen Âge.
À propos du séminaire :
Le séminaire « Regards croisés sur … », de nature fondamentalement diachronique, rassemble les membres scientifiques de l’EFA autour d’une thématique commune destinée à se renouveler chaque année. Régulièrement, un ou deux membres scientifiques invitent un.e expert.e à présenter des travaux en résonance avec leurs propres recherches en cours à l’EFA.
Pour sa quatrième édition, le séminaire « Regards croisés… » porte sur la notion de paysage. D’abord employée dans le champ artistique, celle-ci a vu ses usages s’étendre considérablement au point de s’appliquer à de nombreuses formes d’environnements, sensoriels (paysages sonores ou olfactifs), construits (paysage urbains ou sacrés), intellectuels (paysage mental) ou sociaux (paysage médiatique, ethnoscape). Renvoyant à l’espace tel qu’il est perçu subjectivement à travers les sens, la notion de paysage aborde moins la matérialité de l’espace que sa perception et permet d’interroger sous un angle nouveau le rapport de l’homme à son environnement. C’est une manière d’appréhender l’anthropisation de l’environnement sensible et sa perception par des individus et des groupes sociaux. Largement mobilisée depuis quelques années dans le champ des études géographiques, historiques mais aussi archéologiques, au point d’être parfois galvaudée, cette notion s’est heurtée à certaines apories : comment peut-on saisir les évolutions du regard sans prendre en compte celles de l’espace lui-même ? Peut-on parler pour toutes les périodes et dans tous les contextes de paysages et de cultures paysagères ? À travers ce séminaire diachronique, nous souhaitons explorer les usages et réinterroger la valeur heuristique de la notion de paysage pour les études spatiales de la Préhistoire à nos jours.
