“Au loin apparut d’abord la haute tour”… Construction d’un paysage seigneurial et domination aristocratique de l’espace en Orient latin (XIIe-XIIIes.)
Florian Besson FRAMESPA, Toulouse
Invité par Simon Hasdenteufel École française d’Athènes
Le chroniqueur arabe Abū Shāma écrit qu’en faisant raser le château du Gué de Jacob, Salāh ad-Dīn « détruisit [la forteresse] comme on efface des lettres sur un parchemin ». Cette métaphore scripturaire, que l’on retrouve régulièrement sous la plume d’auteurs arabes, mérite d’être prise au pied de la lettre : les châteaux non seulement s’inscrivent dans l’espace, mais, plus encore, contribuent à l’écrire. Les châteaux sont des lettres, qui sémantisent l’espace, le rendent lisible. La belle métaphore d’Abū Shāma nous invite à réfléchir à la fabrique d’un paysage seigneurial en Orient latin autant qu’à la manière dont les nobles dominent l’espace. G. Duby a pu décrire la seigneurie comme un « nœud de pouvoirs enracinés dans le sol », et l’on sait également que les différents pouvoirs, tant laïcs qu’ecclésiastiques (pour reprendre les travaux de Florian Mazel sur le diocèse) ont à cœur de territorialiser leur autorité au XIIe-XIIIe siècle. On passe d’un espace dominé à une domination spatiale : cette spatialisation de la domination participe puissamment de la « spatialisation du social » dont Joseph Morsel fait la grande dynamique de l’Occident médiéval. Repartons donc de la métaphore d’Abu Shama : si lettres il y a, dans quel alphabet sont-elles tracées ? Par quels scribes ? Pour quels lecteurs ?
