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    Μercredi 15 mai 2019
    14.00


    Delphes et la gestion du risque naturel : de l’hydrogéologie à l’archéologie hydraulique

    Amélie Perrier EFA / IRAMAT-CNRS
    Isabelle Moretti UMPC / Université de Pau et pays de l’Adour

    dans le cadre du colloque WATERTRACES
    MMSH, Aix-en-Provence, France

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    Résumé:
    La situation topographique et historique du site antique de Delphes est exceptionnelle. Flaubert considérait que le sanctuaire oraculaire d’Apollon était sis dans un « paysage à terreurs religieuses » et qu’y avoir mis la Pythie relevait du génie. Le site archéologique est soumis à des risques naturels importants, liés principalement à la sismicité de la région et à l’action de l’eau. Confrontés à des catastrophes dont on a gardé certaines traces archéologiques, les Anciens ont très tôt mis en œuvre des stratégies, plus ou moins heureuses, de gestion de ces risques. Nous proposons ici une première analyse conjointe du contexte géologique et des vestiges archéologiques afin de mesurer les risques liés à l’eau et la pertinence des réponses techniques mises en œuvre.Le sanctuaire de Delphes est situé sur la côte nord du Golfe de Corinthe. Géologiquement il s’agit d’un rift, avec une extension nord-sud très rapide, jusqu’à 1,5 cm par an à l’ouest du golfe actuellement qui en fait un des rifts les plus rapides au monde. En corolaire, il est aussi la zone la plus sismiquement active de l’Union Européenne et c’est pour cela qu’au début des années 2000 un observatoire naturel y a été implanté (Corinth Rift Laboratory). La surrection spectaculaire du Péloponnèse durant le quaternaire récent a mis à l’affleurement les paléo-deltas et permettent d’étudier les interactions entre tectonique et sédimentation. L’activité sismique y est clairement marquée dans les dépôts ainsi que les passages réguliers du Golfe de bras de mer à lac durant les derniers 4 millions d’années. Le forage et le monitoring d’une des failles de la côte sud a permis de confirmer le rôle prépondérant des failles dans la circulation des fluides souterrains des sommets du Péloponnèse jusqu’au Golfe. Des changements de chemin de migration et donc de positionnement de certaines sources liées pré-ou post-activité sismique ont parfois eu lieu. Ces travaux ont aussi permis d’affiner notre compréhension du rôle des surpressions et donc des fluides dans la déformation de la croûte supérieure et le déclenchement des tremblements de terre. Les failles à travers les roches relativement peu poreuses que sont les calcaires mésozoïques du bâti de la zone de Corinthe sont en général de barrière transversale et des drains longitudinaux, deux caractéristiques qui aboutissent en général à que toutes les sources soient sur des failles. Par ricochet, les villages se positionnent eux aussi à proximité des sources donc sur les failles. Delphes ne fait pas exception à la règle. Par ailleurs dans le cas du golfe de Corinthe, ces failles normales actives ont des rejets énormes, jusqu’à plus d’un 1km et limitent les demi grabens où des cultures peuvent être envisagées. Delphes est exactement dans cette position, au pied d’une faille majeure et le sol y est composé de brèches de pente et de failles éboulées au cours de l’activité de ces derniers millions d’années. Au risque sismique s’ajoutent donc les risques de glissement de terrain car ces sols n’ont rien de consolidé. Les carbonates mésozoïques composant le mur de la faille qui borde le site au Nord sont comme toutes les roches calcaires solubles dans l’eau sous certaines conditions et donc les infiltrations sur les reliefs entraînent la formation de karst. Les eaux de pluie peuvent s’y engouffrer et y circuler très rapidement entraînant là aussi des risques naturels de résurgences massives et de déstabilisation de pentes. Que comprenaient les anciens Grecs de tous ces phénomènes? L’analyse topographique et architecturale des vestiges à Delphes semble attester que les entrepreneurs ont eu conscience et tenu compte des risques sismiques en y apportant différentes réponses techniques. L’analyse des vestiges hydrauliques –fontaines, puits, réseau de récupération et de circulation des eaux, citernes etc. -montre également que la gestion de l’eau est apparue, en particulier à partir du IVe s. av. J.-C. suite à l’effondrement du temple des Alcméonides, comme une question cruciale pour les constructeurs, afin de réduire les effets des circulations d’eau en surface et en subsurface et de protéger le sanctuaire des glissements de terrain. On constate que les aménagements hydrauliques indiquent des zones particulièrement sensibles que les Anciens avaient choisi de protéger : c’est notamment le cas de la terrasse du temple d’Apollon. Une des particularités architecturales du sanctuaire d’Apollon Pythien est de juxtaposer une architecture locale, faite selon les techniques et les matériaux locaux, et une architecture exogène d’offrandes monumentales pour la construction desquelles furent importés les matériaux, les techniques et même les artisans. L’hétérogénéité des édifices élevés dans les sanctuaires d’Apollon et d’Athéna pose la question d’une éventuelle adaptation au contexte environnemental de Delphes. De l’époque archaïque à l’époque protobyzantine, les problématiques de gestion de l’eau dans le sanctuaire et dans la ville semblent aussi évoluer, passant de la simple gestion du risque, certes dans un contexte religieux où l’eau joue un rôle particulier, à une véritable valorisation de la ressource hydrique. En effet, à partir du IIe s. av. J.-C., la ville de Delphes se transforme avec la construction de grandes villas comportant des bains, l’édification de thermes et de réservoirs associés ou même l’adaptation de certains monuments classiques ou hellénistiques en citernes. Un des objectifs de la recherche en cours à Delphes, qui rassemble archéologues, géologues, architectes, topographes et historiens, est de comprendre l’évolution de la façon dont furent appréhendés et gérés dans l’Antiquité les phénomènes hydriques au sens large, qu’il aient une cause géologique ou climatique, en confrontant notamment l’analyse des caractéristiques naturelles et environnementales au choix des matériaux et des techniques mis en œuvre.
     
     
     

     




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