1846 - 1870

Les circonstances d'une naissance

Une phrase d'un des directeurs de l'EFA, Théophile Homolle, résume parfaitement les conditions d'une naissance : nous devons l'existence de l'École « à deux révolutions, l'une politique, l'autre littéraire ; la révolution grecque et la révolution romantique. L'Itinéraire de Paris à Jérusalem, les Orientales, en exaltant les beautés de la Grèce antique, les misères, l'héroïsme de la Grèce moderne, imposèrent à tous les esprits, à tous les cœurs la patrie de Périclès et de Canaris ».

De fait, la France avait activement participé à l’avènement de l’État grec. Puissance protectrice, elle avait dépêché le corps expéditionnaire du général Maison, qui mit fin aux combats dans le Péloponnèse. À cette action militaire était liée une grande expédition scientifique, l'Expédition de Morée (1829-1831), conçue sur le modèle de celle qui avait été envoyée en Égypte et patronnée par trois Académies. L'action conjointe des militaires et des savants symbolise assez bien le double intérêt géopolitique et scientifique pour la Grèce.

Ces deux motivations expliquent l'ordonnance de fondation de septembre 1846. Elle est née de la volonté des « politiques » : l'ambassadeur de France en Grèce, Piscatory, et le ministre grec Colettis, qui avaient tissé des liens pendant la guerre d'Indépendance, voulaient conforter les intérêts du « parti » français contre l'influence des Anglais, au point que, pour l'historien de l'EFA, dire que « l'École française est une création de l'Angleterre » ne relève pas tout à fait du paradoxe. Le « complot » athénien reçut l'appui en France du ministre de l'Instruction Publique, de Salvandy, gagné au philhellénisme, et jouit du soutien des milieux intellectuels : Sainte-Beuve, dès 1841, formula l'idée d'un établissement français en Grèce et, en 1845, l'Académie des Beaux-Arts autorisa des pensionnaires de la Villa Médicis à Rome à gagner Athènes pour y étudier les antiquités.
 

Les missions de l'École française d'Athènes

Quelle forme donner au nouvel établissement et quels buts lui assigner ? L'ordonnance de fondation est assez vague et ne tranche pas entre les missions : « il est institué une École française de perfectionnement pour l'étude de la langue, de l'histoire et des antiquités grecques à Athènes. Cette École se compose d'élèves de l'École normale supérieure, reçus agrégés des classes d'humanités, d'histoire ou de philosophie. Elle est placée sous la direction d'un professeur de Faculté ou d'un membre de l'Institut … ». Les membres étaient nommés pour deux ans, une troisième année leur étant octroyée par décision spéciale. Ils pouvaient ouvrir, avec l'autorisation du roi de Grèce, des cours publics gratuits de langue française et de littératures française et latine. Ils conféraient le baccalauréat ès lettres aux élèves des écoles françaises et latines de l'Orient. Deux initiatives originales n'aboutiront que plus tard : une section des Beaux-Arts, prévue par un décret de 1847, ne reçut sa consécration qu'en 1859, et l'admission de membres belges, envisagée sérieusement par des discussions entre gouvernements, ne devint effective qu'en 1900 avec la création de la section étrangère.

Que fit à Athènes la première génération de jeunes Français ? « On monte à cheval ; on arrose ; on bêche un hectare de jardin par jour, et l'on a des moustaches d'un décimètre. On se montre ; on fait des visites ; on danse aux bals. On y est présenté à Coletti et l'on est fier de s'entretenir cinq minutes avec le vrai roi de la Grèce ». Fidèles à la tradition humaniste et romantique, les membres parcouraient Athènes les auteurs anciens à la main, voyageaient en poètes et s'extasiaient en retrouvant l'Antiquité dans la Grèce de l'époque. Cette première phalange d'Athéniens remplit, pendant deux ans, des fonctions d'enseignement, puis les abandonna. De science, il était bien peu question.

Quatre ans après l'ordonnance de fondation, la réforme de 1850 plaça l'EFA sous la tutelle de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et affirma la vocation scientifique de l'EFA : les membres durent rédiger des mémoires de recherche, envoyés à l'Académie qui contrôlait et suscitait des travaux, sur le modèle de ce qui se faisait pour les artistes à la Villa Médicis à Rome. C'est le système de contrôle qui est encore en vigueur aujourd'hui. Mais il fallut du temps pour que la nouvelle vocation s'imposât, les deux premiers directeurs n’étant pas favorables aux recherches érudites. C'est seulement dans les années 1870 que l'École entra définitivement dans l'ère scientifique.


Le bilan des trente premières années

Est-ce à dire que le bilan des trente premières années est entièrement négatif ? Loin de là. De fortes personnalités sont passées par l'École, mais leur carrière s'est développée, dans une large mesure, en dehors d'elle.

On citera pour mémoire le plus célèbre des « Athéniens », Edmond About, dont l'œuvre littéraire et satirique, La Grèce contemporaine en 1855 et Le roi des montagnes en 1856, servit à alimenter un courant peu favorable au jeune État grec. Mais il y eut aussi de vrais savants, comme Numa Pompilius Fustel de Coulanges, dont La cité antique (1864), rééditée jusqu'à nos jours, est un des livres fondateurs de la science historique française. Paul Vidal de La Blache, qui créa l'École française de géographie, est aussi passé par Athènes.

Et l'archéologie de terrain ? Les voyages, au mieux les explorations, furent plus développés que les fouilles, dans la tradition de l'Expédition de Morée. Les Français ont pourtant fouillé : la première entreprise, qui fit beaucoup de bruit en Grèce et en France, fut menée par Ernest Beulé au pied de l'Acropole. Il crut découvrir l'entrée classique de l'Acropole, qui se révéla être, en fait, une porte byzantine ; il tira de ses recherches une synthèse sur l'Acropole. On doit aussi mentionner la première campagne de Paul Foucart à Delphes, qu'il accomplit de sa propre initiative et à ses frais (!) : il mit au jour une nouvelle partie du grand mur polygonal, qui sert mur de soutènement à la terrasse du temple.

La mission en Macédoine de Léon Heuzey et Honoré Daumet fut commanditée en 1861 par Napoléon III, qui s'intéressait aux champs de bataille de César en Orient : menée en marge de l'École, mais par deux « Athéniens », elle révéla les antiquités d'une région peu explorée. Le Louvre, c'était encore dans l'air du temps, s'enrichit alors d'un certain nombre de trouvailles.
 

La section des Beaux-Arts et la section scientifique

La célébrité de cette section doit beaucoup à la qualité des dessins d'Honoré Daumet, membre de la section des Beaux-Arts de l'École. En effet, un décret de 1859 avait prévu une section scientifique et une section des Beaux-Arts. Si l'activité de la première fut réduite — elle se limite aux travaux du physicien Henri Gorceix à Santorin (1870) —, de nombreux architectes, venant de l'Académie de France à Rome, bénéficièrent des postes qui leur furent offerts dans la seconde.

La suppression de ces sections dans la réforme de 1874 ne représenta pas un progrès : lors du développement des grandes fouilles dans les décennies suivantes, le recrutement d'architectes allait être aléatoire. Rétrospectivement, on peut regretter aussi l'abandon d'une section scientifique : la collaboration avec les scientifiques (géologues, physiciens, naturalistes) est devenue une des nouvelles dimensions de l'archéologie contemporaine.

 

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ARCHIMAGE : les dernières images

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Thasos - Acropole ; Athénaion (sanctuaire d'Athéna), GTh 65 - L10034-016

rempart sanctuaire, mur, trace, rocher parement externe Matériau : marbre,
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LA CHRONIQUE DES FOUILLES

DÉMÉTRIAS. - Aïvaliotika-5918
Dans le quartier Aïvaliotika, au Nord de Démétrias, P. Triantaphyllopoulou (XIIIe éphorie des antiquités préhistoriques et classiques) a mené en 2007 une fouille de sauvetage sur le terrain « Prooptiki Kataskevastiki AE O. Georgoudi » et a mis au jour les vestiges d’un quartier de Démétrias de l’époque romaine, composé de bains, d’ateliers et de maisons (fig. 1-2). Dans la partie Sud-Ouest du terrain, on a dégagé un grand bâtiment composé de trois pièces : la pièce Sud s’ouvre sur une cour dont le sol est recouvert de dalles de terre cuite, au Nord de cette pièce, les deux autres pièces communiquent entre elles. Au Sud de l’une des pièces Nord, on a dégagé une canalisation qui aboutit à une petite citerne circulaire, tandis qu’au Nord-Est de l’autre pièce, on a mis au jour la margelle d’u
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