Depuis 1950

L'adaptation de l'École aux besoins d'une archéologie moderne

« Notre établissement fonctionne comme il y a 100 ans », écrivait G. Daux en 1959 : les bâtiments n'avaient pas évolué, le personnel technique était réduit – ni bibliothécaire, ni photographe, ni architecte (ceux que l'on recrute sont payés sur le crédit de matériel), seul le personnel de service étant en nombre satisfaisant, sinon pléthorique. Ces lacunes purent être plus ou moins rapidement comblées : un poste de bibliothécaire, en 1962, un de sous-bibliothécaire, en 1966, furent accordés à l'École. Il fallut plus de temps pour gagner le poste d'architecte et celui de photographe, obtenus par Pierre Amandry, peu après sa prise de fonction, en 1972. La conjoncture économique favorable des « trente glorieuses » et la politique de soutien actif à la recherche, à partir de 1981, permirent d'engager du personnel technique et de développer tous les services : archives, bureau de dessin (architectes et dessinateurs), photothèque, planothèque, restauration. Même si tous les besoins ne furent pas encore satisfaits, l'équipe réunie à l'EFA correspondait aux exigences d'un institut moderne de recherche. Organiser les services techniques supposait qu'on les logeât. Pour ce faire, G. Daux obtint des crédits pour construire, en 1962, un nouveau bâtiment. En revanche, il ne réussit pas, et son successeur non plus, à intéresser les pouvoirs publics à la rénovation de la bibliothèque : une extension en sous-sol ne fut réalisée par Olivier Picard qu'en 1987-1989, mais, malgré le gain que l'on en a retiré, l'aménagement de la bibliothèque et la réorganisation fonctionnelle de l'EFA restaient toujours d'actualité. L'École avait quelque peine à se développer dans des locaux saturés et, pour la plupart, plus que centenaires.
 

Les programmes scientifiques : traditions et nouveautés

En 1950, l'EFA n'avait pas été touchée par les développements de l'archéologie qui avait, depuis vingt ans, gagné de nouveaux domaines et transformé ses méthodes. Pourtant, signe éphémère des temps nouveaux, des fouilles sous-marines, utilisant le scaphandre Cousteau-Gagnan, furent menées sous l'égide de l'École en 1950 : les résultats ne furent guère concluants et il fallut attendre un peu plus de trente ans pour que l'EFA s'intéresse à nouveau au domaine de l'archéologie subaquatique.

Le retard le plus important concernait les méthodes de fouilles, qui n'avaient pas évolué depuis cent ans, alors que l'Anglais Wheeler, dans les années trente, avait conçu une méthode stratigraphique rigoureuse pour l'exploration des sites archéologiques et l'enregistrement des données. Ce retard était dû aux modes de formation des « Athéniens », recrutés sur la base d'un concours qui privilégiait la connaissance du grec ancien et de l'histoire de l'art antique. La fouille s'apprenait sur le terrain, s'opérait avec beaucoup d'ouvriers et peu d'archéologues et tenait plus du déblaiement que de l'entreprise scientifique. Les méthodes nouvelles furent introduites par P. Courbin sur le chantier d'Argos : « la méthode employée cette année s'est inspirée étroitement des principes énoncés par Sir Mortimer Wheeler », écrivait-il en 1956. La diffusion des nouvelles techniques sur tous les chantiers de l'École fut lente et difficile, mais la « modernité » finit par l'emporter.

Le chantier d'Argos, réouvert en 1952, devint ainsi le chantier-pilote de l'École pendant quarante ans. C'est par là que les nouvelles générations d'Athéniens passèrent, à partir des années soixante, pour apprendre à fouiller. Les centres d'intérêt s'élargirent aux époques les plus anciennes, à Argos même, mais aussi ailleurs : ainsi fut reprise une ancienne fouille de l'École, près de Philippes, sur le tell de Dikili Tash, en Macédoine, où, de 1961 à 1975, puis, à partir de 1986, furent menées en collaboration avec la Société archéologique d’Athènes des fouilles dans des niveaux du Néolithique Moyen et Récent.

À Malia, une nouvelle impulsion aux recherches fut donnée par l'ouverture en 1966 du « quartier Mu », un établissement de l'âge des premiers palais, qui peut, par la qualité des trouvailles, passer à juste titre pour une nouvelle Cnossos protopalatiale (les fouilles se sont prolongées jusqu'en 1991 et ont couvert 4.000 m2). Si, scientifiquement, les entreprises sur des chantiers pré- ou protohistoriques furent les plus rentables, introduisant à l'École de nouvelles méthodes et de nouvelles habitudes de travail en équipe, les domaines traditionnels ne furent pas négligés : achèvement de la fouille de Gortys (1951-1955), fouilles des maisons du quartier Nord de Délos (1963-1968), fouilles continues à Thasos, où l'on distinguera la mise au jour d'un quartier d'habitat classique à la porte du Silène (1971-1980). En dehors des grands chantiers traditionnels, quelques entreprises, limitées dans l'espace et dans le temps, virent également le jour : reprise de Latô en Crète (1967), fouille de la grotte de l'Antre corycien (1970), au-dessus de Delphes, fréquentée dès le Néolithique et vouée à l'époque historique au culte de Pan et des Nymphes, reprise de la fouille du sanctuaire de Poséidon et d'Amphitrite à Ténos (1973), dégagement de trois ensembles funéraires monumentaux dans la nécropole de Rhénée (1975).

Une grande entreprise nouvelle fut lancée en 1975 : à la demande des autorités locales, après la tragique invasion de Chypre par les troupes turques en 1974, P. Amandry accepta d'ouvrir à Amathonte un chantier, co-financé par la commission des fouilles des Affaires Étrangères. Cette ouverture sur l'hellénisme oriental renouait avec une tradition, en relançant l'École au-delà des frontières de la Grèce.
 

Nouvelles structures et nouvelles missions

La révision des statuts de l'École fut à l'ordre du jour dès les années 1970, un établissement public doté de l'autonomie financière ne pouvant se passer, à tout le moins, d'un Conseil d'administration. Une « commission de réflexion » fut réunie à Paris en 1975, les anciens membres furent consultés, une mission ministérielle vint à Athènes et rédigea un rapport, qui ne fut pas suivi d'effets.

La « crise » de 1980-1981 toucha l'ensemble des établissements à l'étranger que le ministre des Universités, Madame A. Saunier-Seïté, avait décidé de réformer de façon radicale : l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres perdait presque toutes ses prérogatives, le Ministère des Affaires Étrangères était consulté pour la nomination du directeur et l'ambassadeur de France présidait un Conseil quasiment omnipotent, y compris en matière scientifique. Les membres étaient soumis à l'obligation de donner « un enseignement de haut niveau ouvert aux ressortissants du pays ». Placer l'EFA sous le contrôle des Affaires Étrangères et lui donner une fonction enseignante, c'était quasiment revenir à 1846 ! Seul élément un peu progressiste du projet : l'élargissement du recrutement à toutes les disciplines. – Des protestations s'élevèrent de toute part (Académie, milieux académiques et scientifiques d'Italie, de Grèce, d'Égypte, de Belgique, de Suisse) et le projet fut enterré.

La réforme de 1985 fut préparée avec plus de concertation entre les différentes parties ; ménageant suffisamment la tradition et introduisant une dose satisfaisante de nouveautés, elle bénéficia d'un large consensus. – L'École est désormais dotée d'un Conseil d'administration, qui vote notamment le budget, et d'un Conseil scientifique, qui assiste le directeur dans ses choix. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres est assez largement représentée dans les nouveaux conseils (6 sièges, sur les 20 que comporte le Conseil scientifique, lui sont réservés), elle garde son droit de contrôle sur les mémoires scientifiques des membres et son droit de présentation pour le poste de directeur. Le Centre National de la Recherche Scientifique, le Conseil Supérieur des Universités, la Direction des Musées de France, le Conseil Supérieur de la Recherche Archéologique y sont représentés. Les membres de l'EfA délèguent un représentant aux deux conseils et le personnel est représenté au conseil d'administration.

Ces transformations, allant dans le sens d'une participation de toutes les instances compétentes aux travaux de l'École, donnaient satisfaction aux revendications qui s'étaient exprimées depuis quinze ans (la Société des professeurs d'histoire ancienne, celle des professeurs d'histoire de l'art et archéologie, certains membres ou anciens membres de l'EfA avaient exprimé un tel souci). Elles établissent des liens utiles entre l'École et les grands organismes universitaires, scientifiques et culturels métropolitains. Mais ces nouveaux statuts ne se réduisent pas à une simple réforme administrative ; ils élargissent aussi la mission de l'École, qui désormais « a également vocation à s'ouvrir aux divers aspects de la civilisation du monde hellénique ancien, médiéval, moderne et contemporain ». – En 1990, la création d'un neuvième poste de membre, destiné à un spécialiste de la Grèce moderne et contemporaine, donne à l'École la possibilité de réaliser cette nouvelle mission et de renouer avec les études néo-helléniques, qu'elle avait un peu trop négligées. De même, les statuts de 1985 avaient créé une catégorie de boursiers ; dès 1991, un budget spécial est réservé à des doctorants dont le travail de recherche exige un séjour en Grèce. – Élargissant ses missions, lui donnant les moyens de jouer un rôle de pivot pour l'ensemble des recherches concernant la Grèce en France, les statuts de 1985 marquent bien un tournant dans l'histoire de l'École.

Seul le mode de recrutement des membres n'avait pas été touché par la réforme de 1985, malgré les critiques que l'on pouvait entendre dans le milieu athénien et en dehors de lui : un concours qui privilégiait les littéraires, qui était prisonnier d'une culture artistique et qui n'enregistrait pas l'évolution récente de l'archéologie. Aucun texte ne régissait le concours, soumis à la coutume : ainsi, en 1929, le président du jury de recrutement et qui l'était depuis plusieurs années, Edmond Pottier, écrit au directeur de l'Enseignement supérieur pour lui demander le règlement : "Il a été plusieurs fois remanié, et je ne le connais que par des extraits isolés". Une commission ministérielle, présidée par J. Marcadé, fut désignée en 1993 pour étudier le problème. À partir de ses conclusions, le directeur rédigea un projet de texte, qui, après amendements, fut voté par le Conseil scientifique en 1995. Ce texte enregistre pour les antiquisants classiques, les byzantinistes et les modernistes, l'existence d'épreuves spécifiques, ce qui correspondait déjà à la pratique et, fait nouveau, en crée pour les préhistoriens. Ces derniers sont désormais dispensés des épreuves obligatoires de grec ancien. Le nouveau règlement introduit pour tous une interrogation sur les techniques et méthodes de l'archéologie.
 

Vers l'École de demain, les années 1980-1990

La direction d'Olivier Picard (1981-1992) aura été marquée par trois inflexions importantes dans la vie de l'École : l'informatisation des services et leur développement, de nouveaux programmes sur les anciens chantiers, correspondant aux intérêts de l'archéologie moderne, le soutien donné à de nouvelles entreprises en dehors de la Grèce.

Prévu par les statuts de 1985, le poste d'Adjoint aux publications fut créé en 1989. Tous les services furent non seulement renforcés par un personnel compétent, mais informatisés, de la bibliothèque aux archives en passant par la gestion de l'hôtellerie. Cet effort d'informatisation toucha aussi le matériel archéologique : création de bases de données sur les monnaies et sur les timbres amphoriques, enregistrement du matériel dans les musées (Delphes, Délos). Il s'étend maintenant au relevé de fouilles et à la restitution des bâtiments.

Si l'EFA a pris le tournant de l'informatisation au bon moment, elle a su rattraper aussi un certain retard dans les domaines de pointe de l'archéologie. L'archéologie scientifique subaquatique a fait une apparition récente en Grèce : l'EFA s'y est consacrée en fouillant le port de Thasos, en collaboration avec l'Éphorie grecque des Antiquités sous-marines, et celui d'Amathonte. De même, les recherches systématiques sur l'organisation des territoires antiques, à base de prospection au sol, d'interprétation de photographies aériennes ou, plus récemment, d'interprétation d'images satellitaires, sont bien développées en France : c'est dans les années 80 que furent lancées les prospections systématiques de Thasos, avec l'Éphorie de Kavala, les recherches sur la chôra de Délos, et la prospection du territoire de Malia. L'archéologie d'aujourd'hui fouille moins et prospecte plus : elle est moins prisonnière d'un site, plus soucieuse de cartes archéologiques et des rapports entre l'homme et le milieu.

Diversification des problématiques, mais aussi diversification des centres d'intérêt. Repliée sur le territoire grec entre 1923 et 1975, l'EFA, surtout à partir de 1989, et profitant du changement des conditions à l'Est, a multiplié son soutien à des opérations hors de la Grèce : si les fouilles en Ukraine ont été un relatif échec, l'implantation en Albanie a réussi avec des programmes qui couvrent toutes les périodes, depuis la préhistoire jusqu'aux époques moderne et contemporaine. Si on lui en donne les moyens, l'EfA peut développer son rôle de centre international de recherche : elle dispose des infrastructures nécessaires, d'un personnel compétent et elle a su montrer qu'elle était présente dans tous les domaines de l'archéologie contemporaine.
 

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Delphes - Kastri - A12

SUJET : MAISON
Archimage est destiné à la mise en ligne progressive des documents graphiques et photographiques, conservés au service des Archives de l'EfA.

LA CHRONIQUE DES FOUILLES

ANAVLOCHOS-6195
En Crète orientale, F. Gaignerot-Driessen (Humboldt research fellow, Heidelberg) a mené en 2016 la seconde partie de la prospection du massif de l’Anavlochos, en se concentrant cette fois sur la nécropole de Lami, qui s’étend en contrebas de l’habitat du vallon central, et sur la partie Nord-Ouest de la crête (figs 1-2). Un complément d’étude a également été accompli sur la pente de Kako Plaï et dans le vallon central, qui avaient été prospectés en 2015. En contrebas, l’avancée Nord-Ouest de la zone de prospection, qu’une première investigation annonçait stérile, a fait l’objet d’une prospection extensive en suivant deux transects perpendiculaires. Au total, environ 60 ha ont été prospectés de manière intensive, 10 ha de manière extensive et 380 structures architecturales antiques et hist
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