Malia – Le Palais
Le Palais de Malia est découvert en 1915 par l’éphore des antiquités de Crète Joseph Hazzidakis, qui poursuit l’exploration de l’édifice en 1919. L’École française d’Athènes s’associe au projet dès 1922, après des recherches fructueuses au Bâtiment de Chrysolakkos en 1921 – avec notamment la découverte du célèbre pendentif aux abeilles. Le Palais est entièrement dégagé au cours de grandes fouilles qui vont se poursuivre jusqu’en 1936 sous la direction de Fernand Chapouthier aidé notamment de Jean Charbonneaux, Pierre Demargne, André Dessenne et René Joly (fig. 1, 2 et 3). Des travaux de consolidation et d’étude assortis de quelques sondages ont ensuite lieu, mais il faut attendre 1964 pour qu’Olivier Pelon entame l’exploration systématique des niveaux inférieurs de l’édifice. Ses recherches mettent en évidence les vestiges d’un état protopalatial (1900-1700 av. J.-C.) en plusieurs points du Palais, ainsi que les indices d’une occupation prépalatiale sous les salles IX 1-2, dans la ‘casemate’ I 1 et sous la Cour Centrale de l’édifice (fig. 3). Elles suggèrent qu’un espace ouvert a pu exister à l’emplacement du Palais dès le Minoen Ancien IIB (2450-2200 av. J.-C.), quoique la construction d’un ensemble cohérent de structures autour de cet espace ouvert – un ‘Palais’ proprement dit – ne date que du début du 2ème millénaire.

 
 Figure 1. Vue d’un ouvrier au travail lors des fouilles du Palais de Malia (date inconnue) ©EFA   
Figure 1. Vue d’un ouvrier au travail lors des fouilles du Palais de Malia (date inconnue) ©EFA

Outre une description détaillée des vestiges architecturaux et des articles traitant de sujets divers en lien notamment avec le système palatial crétois, Olivier Pelon a publié de nombreux rapports et articles relatant les résultats de ses sondages au Palais. Après son décès inopiné en 2012 et celui, prématuré, de son collaborateur Veit Stürmer en 2013, de nombreuses questions demeurent en suspens. La plus débattue est probablement celle de la date de la construction du Palais. Olivier Pelon a suggéré sur la base notamment de la découverte d’un dépôt de fondation contenant de la céramique datée du Minoen Ancien III/Minoen Moyen IA que le Palais de Malia fut construit dès le Minoen Moyen IA (2050-1900 av. J.-C.), c’est-à-dire avant les Palais de Knossos et de Phaistos, érigés au Minoen Moyen IB (1900-1800 av. J.-C.). Le ‘Premier Palais’ ou Palais protopalatial de Malia est détruit à la fin du Minoen Moyen IIB, vers 1700 av. J.-C., par une cause encore inconnue. On ignore si l’édifice est reconstruit immédiatement après cette destruction, puisque les vestiges datés de la phase Minoen Moyen III (1700-1600 av. J.-C.) sont peu abondants, mais il est certain qu’à la transition Minoen Moyen III/Minoen Récent IA, un ‘Second Palais’ est érigé, puis utilisé jusqu’à sa destruction finale au Minoen Récent IA (1600-1510 av. J.-C.) ou au Minoen Récent IB (1510-1430 av. J.-C.).


Figure 2. Vue aérienne du Palais de Malia, depuis le Nord-Ouest. Cliché G. Cantoro (IMS-FORTH) ©EFA   
Figure 2. Vue aérienne du Palais de Malia, depuis le Nord-Ouest. Cliché G. Cantoro (IMS-FORTH) ©EFA
 


Si les grands traits de l’histoire de l’édifice nous sont connus, de nombreuses questions demeurent quant à la séquence architecturale et stratigraphique du Palais de Malia. Un nouveau projet d’étude et de publication du Palais entamé en 2014 sous la direction de Maud Devolder envisage de les traiter. Nous souhaitons ainsi aborder, outre la date de la construction de l’édifice : la séquence architecturale et les phases de l’occupation protopalatiale de l’édifice jusqu’à sa destruction au Minoen Moyen IIB; la séquence architecturale et les phases de l’occupation néopalatiale de l’édifice, jusqu’à sa destruction à une phase avancée du Minoen Récent IA voire au Minoen Récent IB; et sa réoccupation à des phases ultérieures. Pour chacune des grandes périodes de l’histoire minoenne, il s’agit de restituer l’état et les fonctions de l’édifice. Cet objectif s’insère dans des problématiques plus générales, celles de la genèse des palais minoens, de leur développement architectural, de leur fonctionnement interne et au sein de chaque établissement (comment les palais étaient-ils complémentaires des activités pratiquées dans la ville et dans l’espace péri-urbain ?), et de leur rôle dans l’organisation politique, économique et sociale de l’île. Le nouveau projet envisage de traiter ces problématiques en offrant la synthèse des recherches menées sur l’édifice tout en posant un regard nouveau sur celui-ci. Il se fonde sur une nouvelle étude architecturale de la ruine et du matériel conservé dans les apothèques de l’École française d’Athènes et de l’Éphorie des antiquités grecques à Malia. Celle-ci va permettre d’associer les données issues des fouilles anciennes et des sondages menés par Olivier Pelon avec une nouvelle étude de la ruine et du matériel qui en provient.
 


Figure 3. Plan du palais de Malia (phase finale), sur la base des plans dressés par E. Andersen (Pelon 1980, plan 28) et par M. Schmid et N. Rigopoulos (Pelon 2002, pl. XXXII). Les pièces (en chiffres arabes) sont précédées de la numérotation du Quartier auquel elles appartiennent (en chiffres romains) ©EFA
Figure 3. Plan du palais de Malia (phase finale), sur la base des plans dressés par E. Andersen (Pelon 1980, plan 28) et par M. Schmid et N. Rigopoulos (Pelon 2002, pl. XXXII). Les pièces (en chiffres arabes) sont précédées de la numérotation du Quartier auquel elles appartiennent (en chiffres romains) ©EFA

 
L’étude architecturale de la ruine a déjà permis de mettre en évidence l’intégration dans l’édifice néopalatial des vestiges du Palais protopalatial. Ainsi, l’observation des murs des Magasins Ouest a indiqué la présence de murs protopalatiaux érigés en couches superposées de blocage. Ceux-ci sont composés de couches mêlant des moellons et des quantités importantes de terre, dont chacune semble avoir été pressée à l’aide d’un dispositif en bois avant que ne soit ajoutée la couche suivante. Ces murs, dont seuls quelques vestiges sont préservés, sont associés à un sol en plâtre protopalatial, et sont incorporés dans l’édifice néopalatial (fig. 4). Leur conservation se limite parfois à une tête de mur noyée dans les restaurations modernes, mais ils attestent de l’existence dans l’aile Ouest du Palais protopalatial d’une série de pièces étroites et parallèles, dont on peut suggérer qu’elles ont servi au stockage de denrées.

Figure 4. Relevé et vue d’un mur protopalatial en couches superposées de blocage (gauche) et plan des ‘Magasins Ouest’ du Palais avec la localisation de ces mêmes murs en gris foncé (droite) (M. Devolder et K. Papachrysanthou) ©EFA   
Figure 4. Relevé et vue d’un mur protopalatial en couches superposées de blocage (gauche) et plan des ‘Magasins Ouest’ du Palais avec la localisation de ces mêmes murs en gris foncé (droite) (M. Devolder et K. Papachrysanthou) ©EFA

À l’Ouest, les pièces étroites formées par ces murs protopalatiaux – des pièces de stockage vraisemblablement – sont bordées par une façade dotée d’une assise de réglage en blocs de calcaire cristallin gris noir et gréseux gris qui ont été remployés sous des formes diverses (bases de colonnes, seuils ou linteaux) dans le Palais néopalatial (fig. 5). On ignore encore la forme précise des murs qui surmontaient cette assise, mais il faut remarquer que les façades des Palais protopalatiaux de Knossos et de Phaistos sont elles aussi dotées d’une assise de réglage en calcaire, que surmontent là des blocs d’orthostates. Ainsi la restitution dans l’aile Ouest du Palais de Malia de magasins formés par des pièces étroites et bordés par une assise de nivellement en calcaire vient renforcer l’idée de ‘communauté architecturale’ des Palais minoens au Protopalatial.


Figure 5. Vues et relevé de blocs en calcaire cristallin gris noir et gréseux gris issus de l’assise de réglage en calcaire de la façade Ouest protopalatiale du Palais de Malia et remployés sous diverses formes dans l’édifice néopalatial (K. Papachrysanthou et M. Devolder) ©EFA   
Figure 5. Vues et relevé de blocs en calcaire cristallin gris noir et gréseux gris issus de l’assise de réglage en calcaire de la façade Ouest protopalatiale du Palais de Malia et remployés sous diverses formes dans l’édifice néopalatial (K. Papachrysanthou et M. Devolder) ©EFA
 

Les travaux se poursuivent donc dans le but de restituer les différents états du Palais de Malia, et de mettre ainsi en perspective le matériel issu des fouilles anciennes ou récentes afin d’envisager la/les fonction(s) de l’édifice. Ce projet, placé sous l’égide de l’École française d’Athènes, bénéficie également du soutien et de la collaboration de la Fondation Humboldt, de la Fondation Gerda Henkel, de l’UCLouvain, de l’INSTAP, de la Fondation Onassis et de l’IMS-FORTH.
 

Références bibliographiques
  • M. Devolder, à paraître en 2017. « L’assise de nivellement en calcaire de la façade Ouest protopalatiale du Palais de Malia », Bulletin de Correspondance Hellénique 141.1.
  • M. Devolder, à paraître en 2017. « Architectural Energetics and Late Bronze Age Cretan Architecture. Measuring the Scale of Minoan Building Projects », dans Letesson Q. et C. Knappett, Minoan Architecture and Urbanism. New Perspectives on an Ancient Built Environment.
  • M. Devolder, 2016. «The Protopalatial State of the Western Magazines of the Palace at Malia (Crete) », Oxford Journal of Archaeology 35.2, p. 141-159.
  • M. Devolder, à paraître. « Travaux de l’École française d’Athènes en 2014-2015. Malia. Le Palais », Bulletin de Correspondance Hellénique 139-140.2.
  • M. Devolder, 2014. « Travaux de l’École française d’Athènes en 2013. Malia. Le Palais », Bulletin de Correspondance Hellénique 138.2, p. 781-784.

Références générales sur les recherches au Palais de Malia
  • F. Chapouthier et J. Charbonneaux, 1928. Fouilles exécutées à Mallia. Premier rapport (1922-1924) (Études Crétoises, I).
  • F. Chapouthier et R. Joly, 1936. Fouilles exécutées à Mallia. Deuxième rapport : exploration du palais (1925-1926) (Études Crétoises, IV).
  • F. Chapouthier et P. Demargne, 1942. Fouilles exécutées à Mallia. Troisième rapport : exploration du palais, bordures orientale et septentrionale (1927, 1928, 1931 et 1932) (Études Crétoises, VI).
  • F. Chapouthier, P. Demargne et A. Dessenne, 1962. Fouilles exécutées à Mallia. Quatrième rapport : exploration du palais. Bordure méridionale et recherches complémentaires (1929-1935 et 1946-1960) (Études Crétoises, XII). 
  • O. Pelon, 1980. Le palais de Malia. V (Études Crétoises, XXV).
  • O. Pelon, 1982. « L’épée à l’acrobate et la chronologie maliote (I) », Bulletin de Correspondance Hellénique 106, p. 165-190.
  • O. Pelon, 1983. « L’épée à l’acrobate et la chronologie maliote (II) », Bulletin de Correspondance Hellénique 107, p. 679-703.
  • O. Pelon, 1993. « La salle à piliers du palais de Malia et ses antécédents : recherches complémentaires », Bulletin de Correspondance Hellénique 117, p. 523-546. 
  • O. Pelon, 2002. « Contribution du palais de Malia à l’étude et à l’interprétation des ‘palais’ minoens », dans J. Driessen, I. Schoep et R. Laffineur (éd.), Monuments of Minos. Rethinking the Minoan Palaces. Proceedings of the International Workshop “Crete of the hundred Palaces?” held at the Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 14-15 December 2001 (Aegaeum, 23), p. 111-121.
  • O. Pelon, 2005. « Les deux destructions du palais de Malia », dans I. Bradfer-Burdet, B. Detournay et R. Laffineur (éd.), Kris Technitis. L'Artisan crétois : Recueil d'articles en l'honneur de Jean-Claude Poursat, publié à l'occasion des 40 ans de la découverte du Quartier Mu (Aegaeum, 26), p. 185-197.
  • O. Pelon et M. Hue, 1992. « La salle à piliers du palais de Malia et ses antécédents », Bulletin de Correspondance Hellénique 116, p. 1-36.
  • J. W. Shaw, 2015. Elite Minoan Architecture: Its Development at Knossos, Phaistos, and Malia.


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LA CHRONIQUE DES FOUILLES

PHARSALE. - Rue de la mairie-5923
Dans la ville de Pharsale, S. Karapanou (XVe éphorie des antiquités préhistoriques et classiques) a mené en 2007 une fouille de sauvetage à l’angle des rues Lamias et Theotokopoulou, aux abords Ouest de la place de la Mairie, secteur présumé du centre monumental antique, et a mis au jour une partie d’une base à degrés monumentale (dim. 1,17 x 1,78 m et hauteur 0,255 m). Autour de la base, on a dégagé les vestiges d’une rue ou d’un sol extérieur en terre, mêlée à des déchets de taille et du gravier notamment, ainsi que deux horoi, dont l’un était debout, l’autre renversé.
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