3. Préambule : les sources de l'histoire délienne


La sculpture

Les sculptures archaïques découvertes à Délos composent un des ensembles les plus importants de Grèce, avec ceux d'Athènes, de Delphes, de Samos et du Ptoion. Elles éclairent les origines de la plastique grecque en marbre et constituent un des rares témoignages sur le dynamisme culturel des îles voisines, Naxos et Paros .
Les types représentés sont nombreux : figurines masculines et féminines, effigies divines, sphinx, Nikè, cavaliers, animaux divers. Ce sont les représentations (humaines qui sont de loin les plus nombreuses (kouroi et korai).

La rareté des œuvres d'époque classique mises au jour à Délos s'accorde avec le petit nombre de bases inscrites de la même période et, si l'on excepte le palmier de Nicias (37), l'absence des témoignages littéraires.

La sculpture hellénistique est, à Délos, remarquablement abondante. Les salles d'exposition du musée local présentent les torses les plus spectaculaires, les têtes les mieux conservées et un choix d'œuvres caractéristiques ; les réserves contiennent une quantité considérable de statuettes, de reliefs et de fragments : quelques pièces majeures ont été transportées au Musée National d'Athènes. Le tout constitue une documentation très utile pour notre connaissance de l'art hellénistique, d'autant plus que le sac de Délos en 88 fournit un terminus ante quem presque absolu.

 

La peinture

Les peintures subsistant à Délos, malgré leur caractère artisanal et leur état assez fragmentaire, constituent une source d’information de rare valeur, qui reste encore peu explorée ; elles datent toutes du IIe et du Ier s. Il s’agit de quinze ensembles de peintures sur stuc, à sujets variés et dont la conception et l’exécution peuvent nous fournir, sinon des connaissances immédiates et précises sur la grande peinture grecque, du moins une idée de ce qu’était la « civilisation picturale » en Grèce propre, dans un des centres les plus suggestifs du monde hellénistique.

De plus, cette documentation est très riche sur les usages de la peinture dans le cadre de l’organisation sociale délienne. Ces peintures ne sont pas des tableaux indépendants, comme les pinakes (tableautins) votifs offerts dans les sanctuaires ; c’étaient des frises qui ornaient le mur des pièces principales dans les maisons privées les plus soigneusement décorées ; elles s’insèrent donc dans l’ensemble de la décoration murale . Une deuxième série est constituée par des peintures à sujets religieux, à l’extérieur des maisons.

 

Les mosaïques

Les mosaïques constituent un des éléments les plus spectaculaires d'une visite de Délos. Elles forment aussi, entre les grandes séries de mosaïques de galets du IVe s et du début du IIIe s. (Olynthe, Pella) et les nombreuses mosaïques de l'époque impériale, l'ensemble le plus considérable actuellement connu dans le monde hellénistique, avantageusement groupé sur un court laps de temps : dernière moitié du IIe s. et premier tiers du Ier s.

On compte quelque trois cent cinquante mosaïques, toutes de pavement, dont cent vingt environ sont plus ou moins largement décorées. Elles décorent des édifices de tous genres : des sanctuaires comme celui des dieux syriens (98), des monuments publics comme l'Agora des Italiens (52) et surtout des maisons privées . La mosaïque n'est donc pas liée à tel type d'édifice et si la grande majorité des mosaïques se rencontre dans des maisons d'habitation, c'est sans doute que celles-ci sont aussi les plus nombreuses parmi les ruines mises au jour à Délos.

 

La céramique

La céramique est, étymologiquement, l'ensemble des objets de terre cuite, bien que le sens du mot soit souvent restreint à celui de vaisselle. Beaucoup mieux conservée que les objets de métal et, en raison de son faible coût, produite en une abondance qui nous permet des classements relativement fiables, elle est un matériel archéologique de première importance ; en particulier, c'est souvent elle qui fournit, en fouille, les seuls indices de datation.

Céramique préhistorique, archaïque et classique

La plupart des vases provenant de Délos ne se trouvent pas au Musée de Délos, mais à celui de Mykonos. En effet, lors de la purification de 426, le contenu des tombes déliennes (ossements et offrandes) fut, à de très rares exceptions près, transporté à Rhénée et déversé dans une fosse commune. Celle-ci fut découverte et fouillée en 9898-1899 ; ces trouvailles furent emportées à Mykonos.

Céramique, figurines et mobilier hellénistiques

Les nombreuses maisons hellénistiques déjà fouillées à Délos ont livré une énorme masse d'objets de terre cuite, presque tous datables du IIe s. ou du début du Ier s. Il s'agit de vaisselle, de lampes, de figurines et d'autres objets mobiliers en terre cuite (notamment des pesons et des réchauds).

Les amphores

Le matériel amphorique (amphores et anses timbrées) trouvé à Délos forme un ensemble considérable. Ces amphores ont été trouvées en place dans les celliers des maisons ou alignées par dizaines, fichées dans le sol meuble des boutiques de vente au détail. Souvent aussi, elles ont été récupérées de remplois divers tels que remblais de fondation, maçonnerie de murs ou encore canalisations.

L'étude de ces amphores vise deux buts principaux :

  1. l'établissement d'une chronologie : certaines anses timbrées peuvent être datées à quelques années près et donc permettre de dater à leur tour la couche dans laquelle elles ont été trouvées
  2. esquisser l'histoire des amphores et — avec des précautions de méthode — celle de leurs contenus, vin et huile principalement.

La collection délienne, fort variée, donne un aperçu de l'ensemble des productions d'amphores dans le monde hellénistique, oriental et occidental. De récentes études ont permis de distinguer les différentes sources majeures d'approvisionnement suivant les époques, la place dominante sur le marché délien revenant successivement à diverses cités : Rhodes au IIIe s. et au début du IIe s., puis Cnide jusqu'au début du Ier s., bientôt supplantée par les produits de Chios et Cos, d'Afrique et surtout d'Italie dont l'importation prend des dimensions considérables.

 

Autres objets mobiliers

Les fouilles menées à Délos ont également livré une grande varété d'objets mobiliers :

  • Ivoires mycéniens (découverts à l'Artémision, 46)
  • Bronzes géométriques et orientaux
  • Bronzes hellénistiques
  • Bijoux (découverts pour l'essentiel dans l'« Îlot des bijoux » (59 A) : médaillons en or, bracelets, colliers à pendentifs, boucles d'oreille à pendentifs)
  • Cachets à empreintes : une des découvertes les plus importantes des dernières décennies est celle d'environ 16 000 pastilles portant 26 à 27 000 empreintes de sceaux et provenant d'un dépôt d'archives. Ces cachets on été trouvés dans les ruines d'une maison du Quartier Nord, dite pour cette raison &layuo; Maison des sceaux » (59 D), qui fut détruite au Ier s.)
  • Objets en verre
  • Mobilier divers : les maisons ont livré quantité d'objets de tous genres et de toutes matières (marbre, lave, os, ivoire, bronze, plomb, fer) qui donne une bonne idée du mobilier courant à la fin du IIe et au début du Ier s., à l'exclusion, évidemment, du mobilier en bois qui ne s'est pas conservé)

 

Les monnaies

De grandes quantités de monnaies de diverses provenances circulaient à Délos du fait de la fréquentation cosmopolite du sanctuaire et de l'importance du commerce dans l'île à l'époque hellénistique. Le dossier numismatisque de Délos ne(se limite donc pas à l'étude du monnayage de la cité, d'ailleurs de faible importance : il permet aussi d'observer la circulation monétaire dans cette région des Cyclades.

Un grand nombre de monnaies sont apparues à Délos au cours des fouilles successives. L'exploration des quartiers d'habitations a mis au jour d'importantes quantités de monnaies de bronze, qui renseignent sur la circulation monétaire à Délos aux IIe-Ier s. Une trentaine de trésors ont également été découverts dans l'île. Mais les monnaies qui circulaient à Délos nous sont aussi connues par les inscriptions. Depuis la période classique, les administrateurs du sanctuaire qui publiaient chaque année l'état de la fortune d'Apollon inventoriaient les monnaies entrées dans la caisse.

 

Les inscriptions

Les documents archéologiques mis au jour lors des fouilles contribuent largement à notre connaissance historique de Délos, mais l'apport de sources écrites permet un autre éclairage particulièrement important. Or les textes littéraires sont très insuffisants. Certes, Délos est évoqué à plusieurs reprises dans les œuvres d’Hérodote, Thucydide ou Strabon, mais il s'agit toujours de passages très courts où Délos n'intervient qu'incidemment, au cours de développements plus généraux. Nous ne possédons sur l'île aucun exposé monographique.

On comprend, dans ces conditions, l'importance d'un autre genre de textes : les inscriptions découvertes au cours des fouilles. ˀ très peu d'exceptions près, elles sont aujourd'hui toutes assemblées dans un corpus en neuf fascicules qui compte environ 2 860 numéros.

Intérêt documentaire

Des inscriptions si nombreuses et si variées ont forcément enrichi notre connaissance de Délos en des domaines très divers qu'on ne peut ici qu'énumérer rapidement :

  1. Philologie et paléographie : un texte écrit renseigne nécessairement d'abord sur ce sans quoi il n'existerait pas : d'une part, la langue dans laquelle il est rédigé, et c'est ainsi que les inscriptions de Délos nous ont révélé certains mots grecs inconnus par ailleurs et des particularités grammaticales du dialecte délien ; d'autre part, l'écriture, et, en particulier, les tessons inscrits de l'époque archaïque permettent de préciser quelque peu l'originalité d'un alphabet délien qui disparaît dans la seconde moitié du Ve s. au profit de l'alphabet ionien commun.
  2. Histoire politique : les inscriptions ont seules permis de reconstituer les institutions de Délos ; les décrets rendus par les Déliens en l'honneur de tel prince ou grand personnage éclairent les relations extérieures de l'île et, plus largement, contribuent parfois à l'histoire hellénistique en général.
  3. Aménagement profane et cultuel de l'île : à un plan strictement local, les comptes et inventaires des administrateurs du sanctuaire fournissent comme le pendant épigraphique de la fouille archéologique : ils nous font connaître un grand nombre de noms de bâtiments qui ont beaucoup facilité l'identification des vestiges exhumés sur le terrain ; ils livrent souvent aussi d'utiles informations sur leur aménagement intérieur et contiennent parfois des indications chronologiques très précises, par exemple sur le Théâtre (114) dont on suit régulièrement la construction, etc. Enfin ils nous informent également à propos des fermes édifiées sur les biens-fonds appartenant à Apollon et sur les cultures qu'on y pratiquait.
  4. Prix et salaires : relevés minutieux des recettes et dépenses du Sanctuaire, les mêmes documents contiennent une masse énorme de chiffres : salaires d'ouvriers employés à des travaux, coût de fournitures, montant des loyers de maisons et de fermes dont l'intérêt est d'autant plus grand qu'à travers un siècle et demi ils cnenn soavDn e3 mêmes articles ; par exemple, il est possible de suivre les variations des fermages, du prix de certains produits, etc..
  5. Onomastique, prosopographie et démographie : ces mêmes actes administratifs et les dédicaces nous font connaître des centaines de personnes dont on parvient parfois à reconstituer les relations familiales. Cette énorme prosopographie est un outil précieux pour l'histoire démographique, même s'il est impossible de parvenir à des résultats numériques aussi exacts et précis que ceux dont on dispose pour une population moderne.
  6. Cultes et dévotions : les comptes et les inventaires nous instruisent du fonctionnement des cultes et les dédicaces des variations de la dévotion particulière (ascension ou déclin des divinités, répartition sociologique des fidèles).

 

© Efa / Guide de Délos 4e éd.

ARCHIMAGE : les dernières images

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Thasos - Acropole ; Athénaion (sanctuaire d'Athéna), GTh 65 - L10036-016A

Sujet : rempart, temple, mur, soutenement, parement externe, angle sud-est trace rocher Matériau : marbre,
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LA CHRONIQUE DES FOUILLES

KARLA. - Collecteur 6, Stani-Thermokipia-5956
Dans la région du Lac de Karla, V. Adrymi-Sismani (Institut archéologique d’études thessaliennes) a poursuivi les travaux au lieu-dit Stani-Thermokipia, en vue de l’aménagement du collecteur 6. La fouille de la maison A s’est poursuivie (fig. 1) et l’étude du mobilier qui en provenait a permis de proposer une datation probable pour l’occupation de la maison du Néolithique Moyen (5800-5300 av. J.-C.). La fouille de 2005 avait identifié la présence d’un péribole à l’Est et à l’Ouest de la maison. En 2006, la fouille de cette structure s’est poursuivie et on a pu déterminer qu’il s’agissait effectivement d’un péribole qui présentait une entrée d’une largeur de 1 m et qui encerclait une surface de 11 x 15 m environ au Sud de la maison. Le péribole n’est pas fait d’un seul mur, mais constitué
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