
Quand les méchants écrivent leur histoire. Le banditisme politique dans les Balkans et en Asie Mineure par les ego-documents
Responsables : Nikos Sigalas (IMS-FORTH) & Alexandre Toumarkine (INALCO)
Contact : Nikos Sigalas
Institutions partenaires
- École française d’Athènes (EFA)
- Institut d’études méditerranéennes (IMS-FORTH), Réthymnon
- INALCO
- CETOBAC
La guerre des bandes, ou banditisme politique, dans l’espace ottoman et post-ottoman est un phénomène qui apparaît et se développe au XIXe et qui gagne une visibilité croissante dans les Balkans des années 1900, en particulier dans la Macédoine ottomane, en Asie Mineure, dans le Caucase et en Perse. Il a fait l’objet de nombreuses études depuis plusieurs années, mais aucun de ces travaux n’accorde une attention particulière aux ego-documents de bandits en tant que sources. Il en existe pourtant un certain nombre, disponibles, et écrits dans plusieurs langues de la région (albanais, arménien, aroumain, roumain, bulgare, grec, serbo-croate, macédonien, turc-ottoman), voire dans celles des puissances européennes (allemand, anglais, français, russe). Quant à l’étude des ego-documents dans l’histoire du monde ottoman et post-ottoman, elle a donné lieu à des travaux importants ces derniers temps, mais aucun d’eux n’accorde d’attention aux acteurs du banditisme politique. Ces bandits politiques sont célèbres dans leurs pays respectifs comme des héros nationaux, mais on ne s’interroge ni sur leurs trajectoires ni sur le regard qu’ils portent sur celles-ci. On ne se soucie pas plus de les comparer à ceux qui, fêtés dans les histoires nationales des pays voisins, leur ressemblent pourtant fortement.
Ce projet de recherche inédit se propose d’étudier la guerre des bandes via des ego-documents produits par des chefs de bande ou des bandits, dans un cadre régional ottoman et post-ottoman comprenant les Balkans, l’Asie Mineure et le Caucase, depuis les années 1890 jusqu’au début des années 1920. Il entend ainsi aller contre l’objection selon laquelle la subjectivité de leurs auteurs, mais aussi leur recours à la violence, les disqualifieraient par définition. Au contraire, le projet part de l’idée que la nature même de l’ego-document permet d’interroger le banditisme politique de manière heuristique. Il réunit pour cela une équipe internationale de chercheurs spécialistes de la région. Ces chercheurs présentent des ego-documents écrits dans différentes langues, en les ayant préalablement soumis à une grille de questions commune, articulée autour de cinq axes :
- la production et l’histoire des égo-documents
- la trajectoire des bandits politiques et les jalons de leurs autobiographies
- la vie des protagonistes du banditisme politique après la fin de celui-ci
- la place de ces personnages dans les histoires nationales de différents pays (qui quelquefois les mettent en question) et les changements de leur statut au fil de la succession de différents régimes politiques
- le phénomène du banditisme politique lui-même, son répertoire d’action, son système de valeurs, ses contextes politiques, économiques et sociaux
Le projet permettra de comparer les sources et leurs auteurs pour mieux interroger l’existence de motifs propres ou partagés et de tracer des circulations et échanges, intervenus dans un cadre transnational et trans-étatique.
Un cycle de rencontres entre chercheurs est organisé à l’École française d’Athènes (avril 2023 et mars 2024), à l’Institut d’études méditerranéennes de Réthymnon en Crète (février 2025), à l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) d’Istanbul (octobre 2025) et à l’INALCO à Paris.
