Lettre de E. Burnouf à I. Vincent, 10 mai 1847. Επιστολή του E. Burnouf στον I. Vincent, στις 10 Μαΐου 1847 / Université de Lorraine fonds Burnouf 51 5 15
« En arrivant, nous avons trouvé une charmante maison, mais parfaitement vide. […] Suppose-toi sur le toit de la terrasse de notre maison : elle est située au pied du Lycabette, du côté de l’ouest à peu près : le Lycabette est une petite montagne de neuf cent pieds de hauteur en pente [uniforme ?] de tous côtés, couverte de thym et de bruyères jaunes sur ses flancs, et surmontée de deux massifs de grands rochers gris et orangés ; le plus grand rocher est dominé par une petite chapelle de Agios Elias où l’on fait une fête chaque année. Je t’enverrai plus tard le croquis du Lycabette. Si tu le regardes, tu as à ta gauche le petit mont Anchesme, un peu moins haut que le précédent et formant un mamelon surmonté de rochers que l’on mine en ce moment pour bâtir la nouvelle Athènes, την νεάπολη. Entre les deux se montre à l’horizon le sommet bleu et violet du Pentélique transparent. A la gauche formant un angle droit avec les précédents s’élèvent les [croupes] du Parnès, qui laissent entre elles et le Pentélique un large passage pour la route de Marathon. »
«Φτάνοντας, βρήκαμε ένα υπέροχο σπίτι, αλλά τελείως άδειο. […] Φαντάσου πως είσαι στη στέγη της βεράντας του σπιτιού μας: βρίσκεται στους πρόποδες του Λυκαβηττού, περίπου στη δυτική πλευρά. Ο Λυκαβηττός είναι ένα μικρό βουνό ύψους εννιακοσίων ποδιών με ομαλές κλίσεις, καλυμμένο με θυμάρι και κίτρινη ερείκη στις πλαγιές του, που στεφανώνεται από δύο όγκους γκρίζων και πορτοκαλί βράχων. Στον μεγαλύτερο βράχο υπάρχει ένα μικρό παρεκκλήσι του Προφήτη Ηλία όπου γίνεται γλέντι κάθε χρόνο. Θα σου στείλω το σκίτσο του Λυκαβηττού αργότερα. Αν κοιτάξεις, θα δεις στα αριστερά σου τον λίγο χαμηλότερο βράχο του Αγχεσμού. Σχηματίζει έναν χαμηλό βραχώδη λόφο, από τα οποία γίνεται αυτή τη στιγμή εξόρυξη για να χτίσουν τη νέα Αθήνα, τη νέα πόλη. Ανάμεσα από τους δυο λόφους διακρίνονται στον ορίζοντα η μπλε και η βιολετί κορυφή του Πεντελικού όρους. Αριστερά σχηματίζοντας ορθή γωνία με τα προηγούμενα, υψώνονται [οι κορυφογραμμές] της Πάρνηθας, που δημιουργούν μαζί με την Πεντέλη ένα φαρδύ πέρασμα για το δρόμο προς τον Μαραθώνα.»
Guy Ackermann, membre suisse de l’EFA (2018-2022). Souvenirs de 2001. Il y a précisément 20 ans, en octobre 2001, je découvris la Grèce pour la toute première fois. Arrivée en fin d’après-midi à Athènes, la troupe d’élèves fribourgeois dont je faisais partie gravit le Lycabette, non pas par une nostalgie prématurée de nos belles Préalpes, mais pour admirer la ville au coucher du soleil. Aucun mot ne peut décrire l’émotion que j’ai alors ressentie. Les larmes me montent aux yeux en me remémorant cette première impression et cet instant précis où j’ai compris que je ferai désormais tout mon possible pour faire de la Grèce ma seconde patrie. Riche d’une nouvelle passion, je redescendis les pentes du Lycabette avec la joyeuse troupe d’hellénistes en herbe. Je me souviens très clairement d’être passé dans une rue arborée devant un magnifique portail qui laissait deviner un immense jardin. L’un des professeurs de grec ancien qui nous guidait s’y est arrêté et nous a déclaré avec une touche de solennité qu’il s’agissait de « l’École française, l’un des plus prestigieux instituts d’archéologie. Derrière ses murs se cache la meilleure bibliothèque du monde pour l’étude du monde grec ». Ces paroles ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd : vingt ans plus tard, j’ai la chance et l’honneur de pouvoir franchir tous les matins son imposant portail et d’écrire ces lignes en admirant son merveilleux jardin.
Pierre Aupert, ancien membre (1970-1974), puis bibliothécaire (1974-1976) et enfin secrétaire général (1976-1982) de l’École française d’Athènes. Souvenirs de 1970. « Le souvenir qui émerge de mes premiers mois à l’EFA en 1970, c’est curieusement le froid. Mon appartement, rue Doxapatri, n’était chauffé que deux trop brèves fois par jour et Pierre Amandry, comme je travaillais parallèlement à la publication du Nymphée de Tipasa pour la Collection de l’Ecole de Rome, m’avait déclaré en gros : “Aupert, vous êtes spécialiste d’architecture romaine, il y a un stade à Delphes, personne ne sait de quand il date, il y a un mur de soutènement porteur d’une inscription archaïque, Pausanias attribue sa construction à Hérode Atticus, allez donc démêler tout ça”. La première fois que j’ai voulu prendre contact avec ce stade, c’était l’hiver, j’ai dû faire demi-tour au péage de l’autoroute, pour ne pas être bloqué par les voitures qui virevoltaient sur la neige et commençaient à obstruer les voies. Plus tard, avec les ouvriers du regretté Christo, on coupait des pins qui obstruaient le mur de soutènement et on les brûlait pour se chauffer, réchauffer le café ou griller du kontosouvli. Les trous de louve des blocs fournissaient leurs profils sous forme de glaçons, tandis que les pivotements du théodolite étaient ralentis et ses réglages rendus malhabiles par la fourrure des gants. Quant aux soirées athéniennes des membres ou chez le secrétaire général, Francis Croissant, elles étaient animées par le serpent de mer des aventures de Jean-Jacques Maffre qui, au grand dam de son épouse, ne revenait pas d’un périple au Moyen-Orient, tantôt bloqué par des djihadistes ou une frontière fermée, tantôt mis en quarantaine dans les Balkans pour cause de choléra. C’était le bon temps ! Enfin, pas toujours, car c’était celui des colonels. […] Un jour où Loula Amandry m’avait demandé de chanter lors d’un repas dans une taverne de Delphes lors d’une visite de site avec les membres, j’avais entonné le ‘Vrako’ de Théodorakis et un grand silence s’est abattu sur la salle : je n’avais pas vu une tablée de policiers, qui n’ont du reste pas eu de réaction. »
Marie-Cécile Navet, néohelléniste. Extrait de son journal de séjour à l’« Annexe » en janvier et février 1997 comme boursière de l’EFA .
« Mercredi 8 janvier : c’est une étrange boutique, ici, un monde à part. Il n’y a ni télé ni radio et le centre du monde est la bibliothèque. Elle est réellement extraordinaire, tant par la richesse de son contenu que par le dédale de pièces et de galeries qu’elle forme. Le premier soir, j’y suis allée seule. C’était magique de tout découvrir ainsi dans le silence de la nuit.
Mercredi 15 janvier : plus les jours passent, plus j’ai l’impression de vivre une parenthèse, une autre vie et, en même temps, je me sens complètement à ma place ici. La vie de pensionnaire en liberté me plaît beaucoup. Il y a des gens très intéressants. Autre chose de très appréciable : les chercheurs n’ont pas d’âge. Ils sont mélangés de 23 à 60 ans et l’âge ne compte plus.
Vendredi 30 janvier : j’ai travaillé jusqu’à midi. A midi nous nous sommes tous « habillés » pour la Pita. Le buffet était très bon. Après la réception, nous avons fait une séance de photos-souvenirs dans le jardin, entre nous. Nous avons beaucoup ri. Avec R. le Libanais, nous avons cueilli des citrons et il nous a appris à faire une vraie limonade. Tout le monde se sentait en « vacances ». Il faisait beau, nous avons décidé de tous monter au Lycabette à pied. Je n’y étais jamais retournée depuis mes 17 ans. La vue était superbe.
Dimanche 9 février : ce microcosme, où profs et étudiants de la même fac, générations variées, chercheurs studieux ou un peu fumistes, riches et pauvres, habitués et gens un peu perdus, locataires de 3 jours et locataires de 3 mois se mêlent, se bousculent dans la même cuisine trop étroite et mangent à la même table, ce microcosme génère des situations intéressantes à observer.
Samedi 22 février : j’ai parlé longuement avec Mme Andréadi (Thérèse), la secrétaire du directeur. Elle m’a raconté l’Alexandrie qu’elle a quittée en 1959 à 27 ans … et qu’elle regrette toujours.
Dimanche 2 mars : j’ai fait mes bagages toute la matinée et j’ai fini sur le toit de la bibliothèque pour prendre mes deux dernières photos : il a neigé sur les hauteurs environnantes. Dieu que c’est beau ! »
Christina Mitsopoulou, chercheur résident Collex-Persée à l’EFA. Souvenirs de l’EFA, 1990-91. « Mes souvenirs de l’EFA remontent à l’année académique 1990/1991, quand j’écrivais mon mémoire de Maitrise à Paris IV avec un ancien délien, Philippe Bruneau. C’était lui qui nous avait introduit à une approche archéologique complexe, et inspiré la passion pour la recherche dans les Cyclades. Par mon entrée à la bibliothèque de l’EFA, sous la direction d’Olivier Picard, j’ai pu faire mon premier voyage à Délos. Je retiens comme plus fort souvenir (hormis le site) la maison des fouilles de l’EFA, avec tout ses précieux petits rituels dans le déroulement du quotidien, et plus spécialement la galerie des profils des illustres anciens déliens, dessinés en noir sur le mur, à l’ombre d’une lampe. Inoubliable hommage à la généalogie des chercheurs, qui permettait à une jeune personne de visualiser et se rendre compte de la complexité des enjeux, et des vies disparues des savants. Une galerie sans pompe et prétention, interne et discrète. Pour les lieux mêmes de l’EFA, marquant est le souvenir de la bibliothèque, qui à l’époque avait les parties anciennes et la moderne “salle C” (pas encore l’extension de la salle D, ni l’état rénové de la salle B). Elle fut un lieu merveilleux de réflection lecture, concentration et recherche, mais aussi lieu d’encontre avec une communauté. L’image la plus marquante que je garde de ces jours? C’est sans doute la silhouette fine et imposante de Vanna Chatzimichalis, avec son large bandeau sur le front et une cigarette à la main; elle assurait encore à l’époque -à un âge bien avancé- la publication de la Chronique des Fouilles. Seulement plus tard je me suis rendue compte de la valeur historique de son image: pas seulement dû à son lien à la famille Chatzimichalis (architecture et recherche sur le folklore), ou de son rôle de médiateur entre l’EFA et la société athénienne; mais surtout par son identité de petite-fille du grand numismate Jean N. Svoronos, avec lequel elle avait d’ailleurs une certaine ressemblance physique. Elle incarnait à sa façon l’histoire de l’Archéologie grecque, au sein de l’institution de l’EFA. »
Maguelone Bastide, membre scientifique de l’EFA (2021-…). Initiatique, 1996. « Mon premier voyage en Grèce, c’était le premier voyage de ma vie. Sur la banquette arrière d’un monospace, j’ai traversé l’Italie et l’Adriatique en arrêtant à peine mon attention sur Pompéi et Herculanum, trop occupée, paraît-il, à apprendre l’alphabet nouveau qui nous attendait. En voiture d’Olympie aux Météores, en voilier du Pirée à Paros : j’ai été transportée par mes parents et transformée par les lieux, sous le regard amusé de mes sœurs aînées. Je voyais les athlètes s’élancer sur le stade olympien sous le regard de Zeus, et son rire pouvait se confondre avec le cliquetis des komboloï. Voilà un pays où les contes animent le marbre ! C’était résolu : quand je serais grande, j’apprendrais le grec et je deviendrais archéologue. Vingt-cinq ans plus tard, l’EFA m’ouvre ses portes. »
Pierre Ducrey, ancien membre suisse de l’EFA (1967-1970). Souvenirs de 1967.
« Janvier 1967 : comment atteindre la Grèce avec une automobile chargée jusqu’au toit ? On nous avait signalé la possibilité d’embarquer à Trieste sur un paquebot italien d’émigrants, le Christoforo Colombo, qui faisait escale à Venise, Le Pirée, Messine, Barcelone, avant de mettre le cap sur New York. Scènes déchirantes des émigrants au départ de Trieste.
19 janvier 1967
10 heures : le Pirée est en vue par un temps gris, pluvieux et froid, plutôt lugubre. Pas d’accostage possible, les dockers sont en grève.
16 heures : accostage réussi. L’auto est débarquée, mais tout le chargement doit encore passer en douane.
17 heures : cap sur Didotou 6. Nous garons la voiture devant la porte de l’École, sonnons. Mon épouse Marina et moi sommes conduits à la maison du directeur. Georges Daux nous reçoit fort courtoisement au salon et nous souhaite la bienvenue, puis nous envoie au bureau du secrétaire général, situé alors à côté du « superluxe ». Philippe Bruneau nous accueille lui aussi très courtoisement et se réjouit de notre arrivée. Ni le directeur, ni le secrétaire général ne pensent à nous demander où nous comptons loger.
18h30 : les entretiens sont terminés, nous retrouvons notre auto. Nous voici partis à la recherche d’un hôtel. Nous repérons l’hôtel Lykabitos, Odos Valaoritou (aujourd’hui disparu). Nous y passerons une semaine, en attendant de trouver la maison de nos rêves à une adresse prédestinée : Odos Platonos 6, Neo Psychiko. Nous y passerons les quatre années les plus heureuses de notre vie. »
