Accroché dans un repli du Parnasse à 500 m d’altitude, le site de Delphes, en Phocide, était desservi par le port de Kirrha, sur la côte Nord du golfe de Corinthe. Dominé à l’Est par l’escarpement des Phédriades, il est largement ouvert vers le Sud sur la large vallée du Pleistos, que barre à l’horizon la masse du Kirphis.
Les plus anciennes traces d’occupation remontent au XIVe s. av. n.è. et les plus anciennes attestations d’un culte rendu à Apollon datent de la fin du IXe s. Les premières consultations oraculaires remonteraient au VIIIe s. et c’est surtout entre le VIe et le IIe s. av. n.è. que l’oracle connut sa plus grande activité. Au début du VIe s., la première guerre sacrée assure la mainmise de l’Amphictionie sur le sanctuaire : cette association internationale assure l’administration du sanctuaire et des biens du dieu et abandonne aux Delphiens la gestion du quotidien. C’est également au début du VIe s. qu’est édifié le premier mur marquant les limites du sanctuaire ; rapidement les offrandes s’y accumulent et, en 548, l’incendie du temple offre l’opportunité d’une extension : dans sa nouvelle configuration, qui ne sera plus modifiée par la suite, le sanctuaire offre la forme d’un trapèze de 100 × 200. L’édit de Théodose, en 391, met un terme au culte d’Apollon. Le sanctuaire laisse alors place à une ville protobyzantine relativement prospère, mais qui disparaît au début du VIIe s.
Consacré centre du monde habité, considéré pendant longtemps comme l’oracle le plus vrai, siège d’un concours, les Pythia, qui ne le cède en prestige qu’à celui d’Olympie, Delphes connaît sur un espace limité une profusion d’offrandes individuelles ou collectives, de telle sorte qu’on y trouve pour l’architecture, la sculpture ou l’épigraphie, une sorte de répertoire pour toutes les périodes de l’histoire.
Établi sur l’emplacement même de l’antique sanctuaire, le village de Castri a préservé les vestiges archéologiques jusqu’au début des fouilles. Confiée à l’EFA, la « grande fouille » (1892-1902), qui nécessita le déplacement du village, mit au jour les vestiges du sanctuaire d’Apollon, ainsi que le sanctuaire d’Athéna et le gymnase au Sud-Est, et le stade au Nord-Ouest. Le journal tenu au jour le jour et quelque deux mille clichés sur plaques de verre en conservent la mémoire : on y lit à la fois la mise en place progressive de la topographie du sanctuaire autour du temple d’Apollon et des découvertes ponctuelles, comme les hymnes à Apollon avec partition musicale, les reliefs polychromes du trésor de Siphnos, les statues des jumeaux argiens, celles du groupe de Daochos et de l’Antinoüs, celle de l’aurige surtout. – Sur un point, toutefois, la fouille déçut les attentes : elle n’apprit rien sur le fonctionnement de l’oracle.
Delphes ne connut plus ensuite que des fouilles d’ampleur limitée. Elles complétèrent les informations déjà réunies sur le sanctuaire, avec notamment la découverte du tronçon Est du premier péribole, et sur ses abords avec la mise au jour de niveaux d’habitats mycéniens et géométriques au Nord-Est et d’une grande villa protobyzantine au Sud ou l’exploration du rempart dit « de Philomélos » au Nord. C’est au cours de travaux que furent mises au jour en 1939 deux fosses contenant des offrandes précieuses, essentiellement d’or et d’ivoire, qui avaient été enterrées là à la suite d’un incendie. Parallèlement, se poursuivait une série d’anastyloses, inaugurée avec celle du trésor des Athéniens (1903-1906).
L’exploration de Delphes n’est pas achevée pour autant. D’abord issus principalement de la confrontation des vestiges archéologiques avec la description que Pausanias a donnée du sanctuaire au IIe s. de n.è., les débats, entre chercheurs se poursuivent.
Aujourd’hui, l’EFA poursuit sa mission d’exploration du site avec de nouvelles technologies : les moyens du Lidar, de la photogrammétrie et des analyses archéométriques permettent de renouveler les connaissances de la topographie, des monuments et des œuvres. Ainsi, des recherches sur les carrières de pierre, sur les fortifications, ainsi que de nombreuses études d’architecture et de matériel archéologique, sont en cours. Elles concernent plusieurs secteurs du site : l’agora romaine, le gymnase, les portes de la ville, le temple d’Apollon, la tholos et le sanctuaire d’Athéna Pronaia. Au musée, un programme innovant d’analyse de l’Aurige permet de reprendre à nouveaux frais l’interprétation de cette œuvre de référence. Trois fouilles ont également été menées au cours de ces dernières années, sur la terrasse de Marmaria, sur les hauteurs de Delphes à l’emplacement des fortifications dites de Philomélos, et aux abords du péribole archaïque.
Bibliographie
Les travaux effectués sur le site de Delphes font l’objet de rapports préliminaires et d’articles qui paraissent régulièrement dans le Bulletin de correspondance hellénique (Open Edition / Persée) et dans le Bulletin archéologique des EFE.
Quelques ouvrages de référence :
- Le journal de la grande fouille est consultable en ligne.
- La collection des Fouilles de Delphes [FD] accueille les découvertes issues de la grande fouille : topographie et architecture, inscriptions, sculpture, céramique, …
- La redécouverte de Delphes, Athènes : École française d’Athènes, 1992. Une version grecque a été publiée simultanément sous le titre Δελφοί. Αναζητώντας το χαμένο ιερό.
- Guide de Delphes. Le musée, Athènes : École française d’Athènes (Sites et monuments 6), 1991.
- Jean-François Bommelaer, Guide de Delphes. Le site2, Athènes : École française d’Athènes (Sites et monuments 7), 2015.
- Anne Jacquemin, Dominique Mulliez, Georges Rougemont, Choix d’inscriptions de Delphes, traduites et commentées, Athènes : École française d’Athènes (Études épigraphiques 5), 2012.
- Jean-Luc Martinez (dir.), Un âge d’or du marbre. La sculpture en pierre à Delphes dans l’Antiquité, Athènes : École française d’Athènes (Fouilles de Delphes IV, 8.1 et 8.2), 2021.
Les manifestations scientifiques enregistrées concernant ce site sont accessibles librement via la playlist Delphes de notre vidéothèque.














